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Wonder, mai 68

14/07/68 - Un autodafé.

 

 

 

Le choeur

Un autodafé ? Le mot n'est-il pas employé à la légère ?

 

Jacques Willemont

Pas du tout. La disparition dans la nuit du 14 au 15 juillet 1968, des éléments de montage de mon film Sauve qui peut Trotski constitue un autodafé. Un acte d’une extrême violence dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Parce que toute victime d’une violence, enfant, femme … ou créateur, est convaincu qu’il a certainement commis une faute. Et rien n’est pire que de n’être pas en mesure de la définir, cette faute.

Bon, on ne va pas s’attarder sur cette affaire, mais quand même, je tenais à le dire.

 

Le récitant

L'auto-da-fé, pour ceux qui l'ont oublié, est une cérémonie expiatoire par laquelle l'Inquisition faisait exécuter ses jugements, notamment par la destruction de personnes ou d'objets par le feu.

 

Jacques Willemont

C'est bien pour cela que je dis qu'on a "brulé mon film". On nom d’un "acte de foi" qui, dans le cas de Wonder, ne fut pas de nature religieuse, mais politique : ce qui finalement est du même tonneau, ceux qui ont le pouvoir ont "religieusement" toujours raison. Ils tiennent leur pouvoir de l'idéologie qu'ils fondent et entretiennent et qui finalement les sacre.

 

Le récitant

Je signale au choeur que le jugement concernant cette action - s'il en eut un - fut prononcé et appliqué en l’absence de l’accusé (Willemont), de tout avocat, ... 

 

Jacques Willemont

Les juges étaient les témoins. Quant au « bourreau » qui a appliqué la sentence  – la « destruction » de mon film - je ne connaitrai certainement jamais son nom.

 

Le récitant

Vous dites d’une part que « les éléments de montage du film ont disparu », puis vous évoquez ensuite leur « destruction ».

 

Jacques Willemont

Vous avez raison de le signaler, mais cela revient au même, puisque je n’ai pas été autorisé à faire tirer une nouvelle copie de travail à partir de l’original qui se trouvait à Bruxelles.

 

Le récitant

Pourquoi ?

 

Jacques Willemont

Parce que  ... Cela m'éreinte d'avance d’avoir à vous raconter tout cela. 

 

Le récitant

Le film que vous tourniez était officiel, n'est-ce pas ? C'est ce qui est écrit dans le texte de l'auteur anonyme de "Wonder, histoire du film".

 

Liane Willemont

Mes habitudes universitaires m'amènent souvent à rechercher des sources qui confortent des mots qui me viennent à l'esprit. Voici, pour les curieux, le document que j'ai trouvé lorsque j'ai tapé falsification historique.

Des mots jaillissent redondants :  mensonge, mystification, invention, fable, ...

 

Le choeur

Vous affirmez que le texte Wonder, histoire du film est mensonger.

 

Liane Willemont

Je consulte à nouveau la tête de l'individu en question pour tenter de comprendre, si c'est possible, les raisons de ses mensonges, falsification, mystification, invention, etc.

 

Jacques Willemont

... et j'ajoute, pourquoi cet homme honorablement connu, Richard Copans, laisse dire et, même, en rajoute.

 

 

 

(il faudrait qu'il change sa photo sur le site d'Unifrance)

 

Le récitant

Vous avez une preuve de ce que vous affirmez ?

 

Liane Willemont

Rien de plus facile : cliquez sur cette vidéo.

 

Le récitant

Je lis : 27 mai 1968.

 

Le choeur

Mais rien ne prouve que ces images viennent de vous.

 

Liane Willemont

Ces images ont été livrées par la Cinémathèque royale de Belgique aux Archives nationales du film à Bois d'Arcy. Propriété de Bruxelles, les bandes images et sons 16mm ont été livrées ensuite à l'INA (institut national de l'audiovisuel) pour être numérisées. La courte vidéo que l'on vient de voir provient de l'INA qui m'en a donné copie.

Les originaux ont été retournés à Bois d'Arcy après travaux. Enfin une cession a été signée entre Bruxelles et Bois d'Arcy où, dorénavant, ces éléments sont conservés sous le double nom de Le cafard des montagnes et Sauve qui peut Trostski. Consulter.

 

Jacques Willemont

Je me suis en effet rendu le 27 mai à Charlety à la demande de Charles Berg. Nous étions avec lui. Nous tournions à l'OCI depuis plusieure jours. Au moins trois.

 

Le récitant

Pourquoi ment-il ... pardon, pourquoi se trompe-t-il ? De presque 15 jours ?

 

Liane Willemont

Ne changez pas de mot. Il ne se trompe pas. Il ment. L'idée qui explique ce menonge est simple. Il lui faut prouver que La reprise du travail aux usines Wonder (ex-Wonder) n'est pas une séquence parmi d'autres d'un film documentaire de long métrage. 

Selon lui, Jacques a obtenu d'Edinger et des membres de son Socviet l'autorisation de tournage vers le 4 ou 5 juin. Ensuite, dit toujours ce document inspité par Édinger, il a fallu composer l'équipe. Et nous voilà le 10 devant l'usine Wonder où Pierre Bonneau se transmute en réalisateur-image, alors que Jacques Willemont se décompose en vulgaire réaliseteur-pied de micro pour le son.

 

Le récitant

Personne n'a jamais dit cela.

 

Liane Willemont

Mais si, mais si. L'écrivain anonyme l'a écrit (je lis):

Festival de Lussas août 1996. Le film fut présenté en présence de Pierre Bonneau et figure au catalogue de la manière suivante :

- réalisation (image) Pierre Bonneau
- réalisation (son) Jacques Willemont
- production Idhec.

Il semble - détrompez-moi éventuellement - que c'est Daniel Edinger, secrétaire général - si je ne me trompe pas (que d'imprécisions !) - du syndicat des réalisateurs télé - qui a emmené Bonneau à Lussas (il s'y meut comme un poisson dans l'eau).

Pourquoi, dix ans plus tard, le film de Jacques, L'autre mai, Nantes mai 68 n'est pas présenté à Lussas alors que Gérald Collas (qui a coproduit le film pour l'INA) programme ce festival. Il a expliqué pourquoi :

"- Euh, c'est ... à cause de ..."

Fin. Il était bien ennuyé. Pas besoin de dessin.

Et ça continue : dans un article sur artmag.com (le site est disparu, mais nous avons noté l'entretien), Bonneau dit que "Jacques Willemont tient le micro". Il est devenu un "pied de micro".

 

Le choeur

Nous reviendrons sur les conditions de tournage. Finissons-en avec la disparition des éléments de montage. Savez-vous qui s'en est chargé ?

 

Jacques Willemont

Qui ? Finalement, c'est la vraie question.

Si vous me permettez des comparaisons mythologiques (mon dada), je dirais que je ne connais pas le « Zeus » qui décida de fulgurer mon film,  ...

 

Liane Willemont

Mais tu as rencontré « Hermès », le messager.

 

Jacques Willemont

Oui. Vers le 8 juillet 1968. Il est arrivé en Fiat 500. Il s'est arrêté devant l'IDHEC qu'il connaissait bien, puisqu'il y avait été étudiant.

C’est une force de la nature, 1 m 85 facile, 90 kilos de bons muscles. Je ne sais pas comment il arrivait à entrer dans sa 500.

Liane Willemont

A côté de lui une jeune actrice et à l'arrière un autre ancien étudiant de l'IDHEC.

 

Jacques Willemont

Le messager m’a fait signe et il est venu me rejoindre pour me dire quelque chose comme :

« Jacques, l’OCI n’a pas envie que ton film sorte ! ».

Surprise de ma part, agacement probablement, des questions certainement … mais j’ai vraiment oublié ce que nous nous sommes dit ce jour-là. Et nous n'en avons jamais reparlé, alors que nous nous sommes rencontrés trois ou quatre fois depuis. 

Quand je dis « surprise de ma part », ce n’est pas tout à fait exact. Tous les militants trotskistes de l’OCI qui, devant ma caméra, avaient rêvé d'une société plus juste – mais pas nécessairement plus libre - ne pouvaient pas accepter que leurs rêves inassouvis soient mis en pâture sur des écrans de cinéma.

Ils avaient encore en tête les résultats des élections de fin juin où la gauche avait été balayée par la droite gaullienne. Pas un député pour le PSU. Alors, l’extrême-gauche …

Pour ceux qui ont oublié les résultats. 394 sièges pour la droite. 91 pour la gauche.

 

Le choeur

Avez-vous un jour posé la question ?

 

Jacques Willemont

Je l'ai posée en 2006 à Jacques Kirsner, producteur de film, lorsque je montais L’autre mai, Nantes mai 68.

Aux deux questions : 1 - sais-tu (savez-vous ? je ne sais plus si je l'ai tutoyé ou pas) qui a fait disparaître mon film ? ; 2 - veux-tu produire mon film sur Nantes en 68 ?

il a répondu "non".

Pourquoi aller questionner Jacques Kirsner ? Parce que c'est le pseudonyme de Charles Stobnicer. Alias Charles Berg devant ma caméra en 1968, époque où il est secrétaire général de l'OCI.

 

Le choeur

Pas d'autre tentative ?

 

Jacques Willemont

Si, si. J'ai envoyé le 5 mars (2018) un courriel au "messager".

 

xxx, salut,

 Je rédige quelques lignes sur Wonder dans mon site perso.

Je pose à nouveau la question, 50 ans plus tard : qui a fait disparaitre dans la nuit du 14 au 15 juillet 1968, tous les éléments de montage de mon film documentaire de long métrage, dont le titre déguisé était « Le cafard des montagnes » et son titre réel « Sauve qui peut Trotski » ?

J’ai posé cette question il y  a 10 ans à Berg, en lui rappelant que quelques jours avant, vers le 7 juillet, je t’avais rencontré devant l’IDHEC (Te souviens-tu ? Tu étais dans un petite voiture, genre Fiat 500, avec xxx et xxx.

Tu m‘avais prévenu que la direction de l’OCI n’appréciait pas mon film. Cela n’a pas dérouillé la mémoire de Berg. Il dit n’être pas au courant.

Peux-tu, toi, me mettre sur une piste ? Ne t’inquiète pas : il y a prescription. Quelle que soit la personne.

Je lui mettrais peut-être mon poing dans la gueule. S’il est plus petit que moi.

Bien amicalement.

 

J'attends la réponse

 

28/11/2018

Comme il ne m'a pas répondu, je lui envoie à nouveau la lettre en RAR.

 

Le choeur

En attendant la réponse du "messager" ou son identité s'il ne répond pas, on note que :

1 - Jacques Willemont a réalisé à partir du 23 ou 24 mai 1968, un film de long métrage documentaire intitulé Sauve qui peut Trostski (nom de code Le cafard des montagnes),

2 - le 10 juin, Jacques Willemont, accompagné de Pierre Bonneau, Liane Estiez (devenue Liane Willemont) et Chicheportiche (devenu Roland Portiche) tourne la séquence Wonder, devenu La reprise du travail aux usines Wonder.

3 - un "messager" prévient JW vers le 7 juillet que l'OCI n'appréciait pas ce film (au vu du pré-montage),

4 - les élements image et son disparaissent de la salle de montage dans la nuit du 14 au 15 juillet 1968 ; Jacques Willemont évoque un "autodafé",

5 - beaucoup de personnes affirmaient douter de l'existence d'autres séquences que celle de "Wonder" ; en 2005, Sébastien Layerle retrouve les originaux aux Archines royales belges (voir ci-dessous).

 

Le récitant

Une vingtaine de séquences ont été tournées. A ce jour, deux ou trois sonr synchonisées. Nous en présentons quelques unes ci-dessous :

- Imprimerie SIDI : Willemont et Martin synchro

  (Willemont est encore réalisateur-son comme dit Pierre Bonneau)

- Imprimerie SIDI : Martin parle de son arrestation

- OCI - entretien avec Charles Berg

- Manif Trocadéro

- Berg à la manif du Trocadéro

- Charlety le 27 mai 1968

- Concert meeting à Nanterre

- AG OCI

- AG FER (Fédération des étudiants révolutionnaires)

- Entretien avec Martial 

- Débat dans la rue

- OCI - réunion Berg, un responsable OCI et Willemont (pied de micro encore)

- OCI - vie quotidienne

- Discussion comme il y en a eu 100 000 en mai 68

-  ...

 

 

Message d'Éléonore Des Moines à Philippe Vigier, sur sa page Facebook :

(Il avait "encombré" la page Facebook du Festival CRIS DU MONDE en 2013).

 

Cher Philippe Vigier.

Vous avez écrit il y a cinq ans à propos de Sauve qui peut Trotski : :

"... après on peut inventer n'importe quel projet qui n'a jamais vu le jour et dont personne n'entendu parlé !"

 

Etes-vous maintenant convaincu que ce "projet" existait bien ?

 

Je vous cite en bas de page de 14 07 1968 : un autodafé.

 

 

 

Jacques Willemont

En conclusion, j'ai failli réaliser un film qui, si on ne me l'avait pas "brulé" aurait pu apportter un échairage fort et original sur Mai 68.

Au lieu de cela, la seule séquence sauvée considérée comme "le film-phare de Mai 68" est attribuée à "anonyme" :

- "un petit film documentaire tourné par des étudiants de l'IDHEC" - Les InRocks.

- idem - Les luttes et les rêves.

- "des étudiants en cinéma filment ..." - Autour du Premier mai.

- "La reprise du travail aux usines Wonder (anonyme, 1968)" - Canalmarches.org

- "un court-métrage légendaire et collectif" - rocbolautre.net

La Reprise du travail aux usines Wonder - Wonder, Mai 68 / Réalisation collective : IDHEC en grève 1968, 10’

Un groupe d’étudiants de l’IDHEC en grève vient filmer un militant de l’ O.C.I. (Organisation Communiste Internationaliste), le 10 juin, à l’usine Wonder de Saint-Ouen. L’équipe de tournage arrive sur place au moment où la reprise du travail vient d’être votée et décide de filmer…

 

et même : lisez en bas ... nous sommes devenus "acteurs"

 

 

 

Je ne vous souhaite pas de connaître la même mésaventure.

Cette histoire sordide a asséché une partie de moi et je me suis senti toute ma vie, comme les personnages de L'Île nue (Hadaka no shima), le film de Kaneto Shindo.

Heureusement, grâce à présence de Liane, ma femme, au côté de moi, j’ai trouvé l’énergie pour faire – comme dans le film de Shindo - les allers-retours entre le continent et l’ile afin de lui apporter l’eau nécessaire à la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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