Wonder

 

 

En cours de rédaction.

 

Film connu aujourd'hui sous le titre : La reprise du travail aux usines Wonder, 

il est parfois désigné sous les titres : Wonder, Wonder mai 68, La reprise du travail à Wonder.

 

Voici la dernière version en Haute définition.

En français

En français sous-titré en anglais

 

 

 

Maudit Wonder.

(Une parodie de Woody Allen)

 

Le choeur

Le mot seul suffit. Généralement. Les "initiés" savent que le titre complet de ce film est La reprise du travail aux usines Wonder

Un film de court-métrage dont Jacques Rivette dira au cours de l'été 68 :

"C'est le seul film [de mai 68] qui soit un film vraiment révolutionnaire, peut-être parce que c'est un moment où la réalité se transfigure à tel point qu'elle se met à condenser toute une situation politique en dix minutes d'intensité dramatique folle".

 

Le récitant

Ce film a dû être bénéfique pour votre carrière professionnelle ?

 

Jacques Willemont

Oh que non ! Je peux même dire que ce film m'a pourri la vie.

 

Le choeur

Pourquoi ?

 

Jacques Willemont

Pourquoi ? Parce que depuis 50 ans, de nombreuses personnes ont voulu minorer

mon rôle, afin de s'en approprier la paternité et l'utiliser sans autorisation. Tout cela évidemment pour des raisons idéologiques.

 

Le choeur

Idéologiques ? Le propos n'est-il pas exagéré ? Economiques, je le comprends, mais ...

 

Le récitant

Jugez vous-même. En 1970, Marin Karmitz souhaite diffuser le film Wonder, en première partie de son film de long métrage Camarades qui sort en salle.

Il se tourne légitimement vers ce qui reste de l'Association des étudiants de l'IDHEC en grève, dirigée par Daniel Édinger, omniprésen, omnipuissant.

Un contrat est établi entre cette association et MK2 Productions.

 

Le choeur

Tout semble régulier. Légitime, comme le récitant l'affirme.

 

Jacques Willemont

Je sais. Vous avez certainement noté que, assurant

le "secrétariat" de notre discussion, j'ai souligné moi-même légitimement. Un détail suffit toutefois à renverser cette idée de légitimité. Cette cession de droits, par exemple : 

 

Le choeur

Qu'a-t-elle de particulier ?

 

Le récitant

Cliquer et vous verrez.

(lien pour obtenir un .pdf)

 

Jacques Willemont

Vous avez lu ? 

(lien pour obtenir un .pdf)

 

Le choeur

L'un des choristes lit :

"Je soussigné, Jean-Denis Bonan, déclare être le seul auteur du scénario original non tiré d'une oeuvre antérieure intitulé "WONDER", et avoir autorisé la société M.K.2 PRODUCTIONS, 31, rue Tronchet, PARIS 8ème, à produire et à exploiter un film de court métrage tiré de cette oeuvre".

 

Le récitant

Le document est enregistré au Conservatoire du registre public de la cinématographie, le 8 octobre 1970, sous le numéro 37837. C'est un document très officiel.

 

Le choeur

Nous devinons de quel "détail" fait état Jacques Willemont. Nous sommes convaincus que Denis Bonan n'est pas intervenu sur le scénario puisque le tournage a été improvisé. Il n'était pas présent au moment du tournage devant les usines Wonder. Nous supposons qu'il n'a pas contribué au montage, ni à l'enregistrement de la voix qui figure au début du film, ni à la réalisation de l'introduction.

C'est donc un faux !

 

Jacques Willemont

Le choeur a bien deviné. Et s'il s'étonne du fait que j'ai laissé faire, c'est que le Choeur a la tête ailleurs. Il est évident que je ne savais rien de ce qui se tramait dernière mon dos.

 

Le choeur

Derrière votre dos ? Comment l'avez-vous donc appris ? 

 

Jacques Willemont

Je ne sais plus. Mais, dès que j'ai été averti, j’ ai appelé Marin Karmitz que j’avais rencontré le 10 juin 68, justement. Le soir même du tournage de "Wonder".

 

Le récitant

Les Etats Généraux du Cinéma dont Karmitz faisait partie, s’étaient réunis à l’IDHEC pour évoquer le futur de la formation des cinéastes.

Richard Copans qui était étudiant en première année (il est aujourd’hui un des patrons des Films d’Ici) a pris la parole pour exposer le projet sur lequel il travaillait.

La réforme prévue concernait en premier lieu le mode de recrutement.

 

Jacques Willemont

Peut-être parce que la publication des résultats du concours d'entrée qui s'était déroulé quelques jours avant, a eu lieu le premier jour de l’occupation de l’IDHEC.

 

Liane Willemont

En effet. Ceux qui avaient passé le concours d'entrée comme moi, sont passés à l'IDHEC pour connaître les résultats. Comme l'occupation de l'école venait d'être décrétée, plusieurs d'entre nous sont restés là. Dont Jean-Paul Dekiss, par exemple.

 

Le récitant

Quelques trois semaines plus tard, le 10 juin, Liane qui a assuré la prise de son de "Wonder", …

 

Liane Willemont

... et de l’ensemble du film que Jacques réalisait …

 

Le choeur

Parce que vous tourniez un film ? Première nouvelle.

 

Jacques Willemont

Oui, un film de long métrage documentaire. Depuis le 23 ou le 24 mai, je ne sais plus.

Voilà un extrait (muet pour l'instant) d'une séquence tournée le 25 mai, la veille de Charléty. Il s'agit de Charles Berg. Il était à l'époque le Secrétaire général de l'OCI (l'organisation communiste international), le groupuscule où militaient Jean-Christophe Cambadélis (dit « Kostas », aujourd'hui au PS), Jean-Luc Mélenchon (dit « Santerre »), fondateur du Parti de gauche, Gilbert Roger, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Bernard Murat, Alex Métayer, Nadine Trintignant, Delphine Seyrig et Dominique Labourier et, probablement, Lionel Jospin (dixit Wiki).

Aujourd'hui Berg est producteur. Sa bôite, JEM production produit des films qui conservent le gout de ses anciennes passions politiques.

 

Liane Willemont

Les boîtes de pellicule étaient envoyées en Belgique pour être développées ... 

 

Le récitant

Les laboratoires français étaient en grève …

 

Liane Willemont

... mais je recopiais moi-même en 16mm, mes sons en 6.35. C'est Robert Teisseire qui m'avait appris à le faire. Ce n'était pas n'importe qui. Il était l'ingénieur du son Des enfants du Paradis, par exemple.

 

Jacques Willemont

... les boîtes de pellicule inversible noir et blanc, portaient le titre Le cafard des montages, mais le vrai titre du film aurait été Sauve qui peut Troitski.

 

Le choeur

Pourquoi "aurait-été" ?

 

Jacques Willemont

Parce que les éléments de montage de mon long métrage sont disparus. Il ont été "brulés". Symboliquement s'entend.

 

Le récitant

Attendez. Là, vous en dites trop ou pas assez.

 

Jacques Willemont

Finissons-en avec le faux en écriture pour la cession à Karmitz et je vous raconterai. Promis. J'ai créé ce site pour cela également.

 

Le choeur

Nous commençons à comprendre pourquoi vous parlez d’idéologie…

 

Jacques Willemont

Et vous allez voir ce qu'il en coûte d'être indépendant, libre. De s'interroger sur la raison de l'engouement soudain de la majorité des jeunes français pour l'un des fondateurs du Goulag. On l'oublie complaisamment. Trotski a créé le Goulag avec Félix Dzerjinski et Lénine. Son grand mérite aujourd’hui comme en 68, est d’avoir eu la tête défoncée à coups de piolet sur l’ordre de Staline.

 

Le choeur

Avec un tel discours vous deviez être considéré comme un homme de droite.

 

Jacques Willemont

Je m'amuse parfois à dire que j'étais plus à gauche que les trotkistes. Dès 1963, pendant mon servive militaire, j'avais lu Une journée d'Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljénitsyne. Ce livre marque le début de mon antipathie pour tous ceux qui avaient fricoté avec l’URSS.

J’étais aussi beaucoup plus mature que mes condisciples : Richard Copans avait 21 ans. J’en avais 27 et j’avais passé deux ans comme officier du contingent aux portes de la guerre d’Algérie (j’y ai croisé Jean-Loup Dabadie, le scénariste).

Sans parler du maoïsme. Un communisme remanié par une culture à des années-lumière de la nôtre. On leur doit quand même cinq ans plus tard, Pol Pot et les Kmers rouges ! 

Est-ce que nous voulions chez nous ?

 

Le récitant

Liane Estiez donc, malgré ses 19 ans, a pris de l'autorité en assurant l'intégralité des prises de sons de Sauve qui peut Troitski.

 

Jacques Willemont

Le 10 juin au soir, pendant l'AG des Etats généraux du cinéma, elle propose de faire écouter un extrait de la bande-son de ce que nous avions enregistré le matin.  

Malgré l'absence d'image, une intense émotion a saisi la salle. C'est ce qui justfie à mes yeux que Liane Willemont figure en 1978, dans Cinéma 68, à la réalisation au même titre que Pierre Bonneau et moi-même (l'esprit de Mai était encore là).

 

Le récitant

Ça a fait un tabac. Jacques Doniol-Valcroze (Willemont le reverra 10 ans plus tard pour Cinémai 68) exige :

« - Il faut diffuser le film le plus vite possible ! »

Ce sera fait dans la semaine qui suit.

 

Jacques Willemont

Lorsque tout le monde se sépare, minuit passé, ceux qui avaient une voiture proposent – le métro était en grève - de véhiculer les démunis, ce que Liane et moi étions.

Karmitz allait vers le 16ème. Cela tombait bien puisqu’avec Liane, nous squattions une chambre de bonne au 6ème étage d'un immeuble rue Robert le Coin.

 

La flèche montre la terrasse de 70 cm sur 120, de laquelle, le 14 juillet 1968, nous observerons sur les nuages, les lueurs du feu d'artifice de la droite triomphante (pendant ce temps-là, un crime contre l'esprit s'est tramé).

 

Le récitant

Un crime ? Qu'est-ce que c'est encore que cela ?

 

Jacques Willemont

Chaque chose en son temps, s'il vous plait.

Arrivé place Victor Hugo, Karmitz manifeste l'envie de manger un morceau et de boire un coup. Un bistrot est encore ouvert (je crois que c’est celui qui figure sur cette carte postale ancienne). Kamitz propose :

"- Vous prendrez quelque chose ? Moi je prends des huitres". 

Ah, le salaud. Avec Liane, on adore les huitres. Aujourd’hui, il y a des bars à huitre partout. A l’époque, les occasions d’en manger étaient rares. Le prix de deux assiettes d’huitres représentait notre budget alimentation pendant une semaine, ...

« - Non, pour nous ce sera une bière".

 

Le récitant

Et ... ?

 

Jacques Willemont

Gentiment, il a payé les deux bières. Merci Marin. Pourquoi se plaindre ? La soirée était douce. Un réalisateur, producteur de films, s'intéressait à nos projets. Et comme nous avions de l’imagination, le seul chuintement  - fffuit, fffuit – avait fait venir le goût du sel à nos lèvres.

Lorsqu’en 2008, Karmitz a souhaité acheter les droits de « Wonder » pour intégrer le film dans le DVD qu’il éditait sur Camarades, nous avons fait savoir à sa directrice d’édition qu’il nous devait toujours un plat d'huitres. Je n'ai pas eu de réponse.

Mais lorsque nous avons touché les droits du film, nous sommes allés place Victor-Hugo, en commander deux douzaines. A ta santé Marin.

 

Le choeur

Nous aimerions que vous passiez plus vite sur les anecdotes ... amusantes certes, ... 

 

Jacques Willemont

... significatives aussi, parce que, finalement, le "Salauds de pauvres !" de  Gabin dans La traversée de Paris se décline de mille manières différentes.

 

Le choeur

Le Choeur apprécie les cinéphiles et diffuse la culture : le lien qui permet de revoir la scène.

 

Le récitant

Je ne voudrais vous presser ... mais il y a peut-être plus urgent.

 

Jacques Willemont

Nous sommes en plein dans le sujet du film que je comptais réaliser. Sauve qui peut Trotsky

Vous connaissez, je suppose, la morale de La traversée de Paris ? Pour les oublieux, je résume : l'artiste aisé, habitué de la première classe de la Compagnie des trains (Gabin), sera sauvé du peloton d'exécution par ses relations. Et il continuera à prospérer après l’Occupation.

Le besogneux, lui (Bourvil), ne sera épargné que grâce au hasard. Et il restera à sa place après l’Occupation : celle d'un besogneux.

 

Le récitant

C'est de vous que vous parlez ?

 

Jacques Willemont

Oui et non. Le terme besogneux me gêne. Bien que. Disons que, à la différence de la majorité de mes collègues de l'IDHEC, je n'étais pas un héritier. Et dans l'affaire qui nous concerne, il se peut que cela ait un sens.

Mais finissons-en avec Karmitz.

 

Le choeur

Oui, il serait temps !

 

Jacques Willemont

Comme je vous l’ai dit il y déjà au moins un quart d’heure, j’ai appelé Karmitz courant 1971, pour lui demander des comptes sur la diffusion de « Wonder » sans mon accord.

Pas de problème a-t-il dit. Il se souvenait parfaitement de Liane et moi (je n'ai pas parlé des huitres). Il connaissait mon rôle dans ce film. Il m'a signé immédiatement une rétrocession des droits patrimoniaux. Ceux-là même qu’il avait obtenu de la part de Daniel Édinger, par l’intermédiaire d’un faux, signé par Denis Bonan.

 

Le récitant

Vous pouvez nous montrer le document signé par Karmitz ?

 

Jacques Willemont

Non !

 

Le récitant

Ah !

 

Jacques Willemont

Parce que je l’ai perdu.

 

Le récitant

Il faut vous croire sur parole ?

 

Jacques Willemont

Certes non. Il y a tellement de mensonges dans toute cette histoire qu'il est nécessaire, indispensable même, d'exiger des preuves pour tout ce qui est affirmé.

Au printemps 92, je ne sais plus qui m'a demandé de produire une copie de cette rétrocession signée par Karmitz. Je n'ai plus retrouvé ce document (j'aurais dû l'enregistrer au CNC).

Aussi, le 15 mai 1992, j'écris à Karmitz pour obtenir une confirmation de cette cession.

Il faut que je le relancde mais, le 22 septembre, il me répond et m'adresse une attestation. La voici.

 

 

 

 

Le récitant

Je suppose que vous avez enregistré ce document au CNC ?

[Hors champ, JW confirme d'un mouvement de tête].

 

Le choeur

Nous ressentons comme une réserve de votre part.

 

Jacques Willemont

Oui. Malgré ce contrat, mes droits sur "Wonder" ne seront pas respectés. Et parmi ceux qui en ont tiré profit il faut citer Daniel Edinger (président de l’AGIDHEC) et Richard Copans (vice-président de l’AGIDHEC).

 

Le récitant

L'AGIDHEC, c'est l'association générale de l'Institut des hautes études cinématographiques)

 

Liane Willemont

Des gens comme Édinger affirme que l'AGIDHEC est le producteur effectif de "Wonder", mais il oublie que l'association n'existait pas en juin 1968.

Elle n'est créée que le 8 octobre 1968

 

Le choeur

L'affaire Karmitz, finalement, s'est bien réglée pour vous. Mais vous affirmez que malgré votre cession de droits, les responsables de l'AGIDHEC vont tirer profit de leur statut pour s'approprier plus ou moins Wonder. Si c'est exact, de quel droit l'ont-ils fait ?

 

Jacques Willemont

Eh ! Du droit du plus fort ! Et à l'abri de tout, protégé par leur cabinet d'avocat.

Heureusement pour moi, ils écrivent à tord et à travers. Ils écrivent même beaucoup. Surtout Édinger, secrétaire général du syndicat des réalisateurs de télévision. Position qui lui donne du pouvoir. Vous verrez cela.

 

Le choeur

Quels abus de pouvoir pouvez-vous citer ?

 

Jacques Willemont

Daniel Édinger a utilisé « Wonder » en 1988 dans l’émission Génération, produit par Kuiv production, sans payer les droits évidemment.

 

Le choeur

Comment se justifie-t-il ?

 

Jacques Willemont

Extrait d'un dossier intitulé "Wonder, histoire du film" (anonyme, mais j'espère connaître bientôt l'auteur)

"Considérant que WILLEMONT ne dispose d'aucun droit de veto sur l'utilisation du film, ni d'aucun droit de propriété sur un film produit par un collectif, Daniel EDINGER intègre un extrait de 52" de WONDER au numéro 9 de la série "GÉNÉRATION" ("Paroles de mai" TF1 23.06.88). Cette utilisation n'a donné lieu à aucune transaction financière avec qui que ce soit."

 

Le choeur

Il oublie curieusement que c'est lui, lui-même, qui a établi le contrat de cession des droits d'exploitation à MK2, via un faux signé par Denis Bonan.

 

Jacques Willemont

Il justifie très bien sa démarche : lisez si vous voulez (toujours extrait de l'oeuvre littéraire anonyme "Wonder, histoire du film").

Il dit, en substance, qu'il fallait des cartes professionnelles pour enregistrer le film au CNC.

 

C'est la seule photo que j'ai trouvée d'Edinger sur Internet. En le voyant, je prends conscience que je n'ai pas dû passer plus de quinze minutes à côté ou devant lui. Et cela depuis 51 ans. Depuis que je l'ai aperçu sur un plateau de tournage à l'IDHEC en 1967. Il m'a immédiatement déplu. Ensuite, je l'ai évité.

Lui, par contre, depuis 50 ans, il me cherche, comme on dit. Pourquoi, je n'en sais rien. Au fil des années, l'impression initiale s’est renforcée. Il pense de plus en plus mal. Il suicide son âme. Avec le dernier texte que j'ai reçu et dont il est de toute évidence l'auteur [je vais vérifier], il a atteint un point de non-retour dans l’abjection.

(photo extraite de http://site12465.mutu.sivit.org/Unite_2012/rencontres.html)

 

Le récitant

Cette histoire de carte professionnelle ne tient pas debout. Vous en aviez vous-même déjà une en 1971 ? De plus, pour un court métrage en plan séquence, le CNC acceptait déjà de confier les trois postes (réalisation, image, montage) à la même personne.

 

Le choeur

Et surtout, pourquoi mettre les noms de trois techniciens (Bonan, Chapuis, Gaultier) qui n'étaient pas sur le tournage ? 

 

Le récitant

On se dirait en URSS à la bonne époque, où n'avaient droit de cité que les membres du parti. Ici, le parti, c'est l'AG-IDHEC.

 

Liane Willemont

Quand vas-tu te décider à dire l'essentiel ?

 

Le choeur

L'essentiel ?

 

Jacques Willemont

Finissons-en avec le "C'est toujours ça de rePRISe".  Ne me regardez pas avec des grands yeux tout ronds : c'est une allusion à  un article d'Emmanuel Poncet dans Libération.

 

Le récitant

A quoi fait-il allusion ?

 

Jacques Willemont

A la rapacité de Richard Copans. Il a d'abord tenté d’éviter de devoir payer les droits pour l’utilisation de "Wonder". Une utilisation massive parce que, non content de l'usage permanent d'extraits du film  dans Reprise d’Hervé Leroux, il a monté une "version courte" du même sujet intitulée Paroles ouvrières, paroles de Wonder.

Pour que les droits de "Wonder" me soit payés, il a fallu que j’appelle Hervé Leroux. Contraint de règler la note, il a proposé un forfait ridicule pour les deux films : 15 000 francs (3 000 euros d'aujourd'hui).

Il faudra un jour que je compte le nombre et la durée des extraits de "Wonder" dans ces deux films. J’estime que la minute d’extrait lui est revenue à moins de 150 euros.

Le prix normal est de 10 fois plus.

 

Note 1 : avez-vous remarqué que "proposer un forfait", c’est étymologiquement "commettre un forfait". Sans autre commentaire, d'autant plus que j'ai accepté.

Note 2 : je vais faire demander par un tiers un extrait d’un film produit par Les films d’ici. Pour voir ce que Richard Copans ferait payer dans l’autre sens. Rien de plus instructif, non ?

 

Et oui, Richard personne n’est parfait. Même moi. Et de toi, je n'en parle pas.

 

Note 3 - Cette photo se trouve sur la page Unifrance de Richard Copans. Il a la tête que je lui ai connue à l'IDHEC en 1967-68.

Richard Copans est - indirectement - à l’origine de Sauve qui peut Trotski.

Je l’ai raconté il y a bien longtemps dans la revue Impact (l'article est à la page 50). C’est le poète Lionel Ehrhard qui m’interrogeait.

Richard m’a téléphoné vers le 22 ou 23 mai 68 pour me demander de monter un cours de « cinéma direct ». A ce moment-là nous logions Liane et moi chez une amie, Bernadette, qui nous avait demandé de « garder » son fils de 14 ans, pendant qu’elle voyageait (nous n’avions évidemment pas le téléphone dans notre chambre de bonne sans eau courante).

La Dodoche, la 2CV Citroën, qui a trimbalé l’équipe de tournage, Pierre Bonneau, François Jalabert, Dominique Chapuis et d’autres, c’est Bernadette qui nous l'a aussi prêtée.

Richard Copans dira plus tard que j'ai inventé cette histoire de cours.

C’est absurde !

 

Le récitant

Pourquoi dites-vous que c'est absurde ?

 

Jacques Willemont

En juin 1968, je sors de l’IDHEC. J’ai un diplôme de chef-opérateur. Débutant certes, mais possédant déjà une certaine expérience. Par exemple, j’ai assuré la direction de la photo d’un film de 30 minutes sur l’artiste Soto, réalisé par Vénézuélien Yvan Croce (le film a été présenté dans de nombreux festivals) ; j’ai aussi tourné tout l’été précédent avec Bernard Leblanc, étudiant en réalisation de la même promo, etc.

 

Le récitant

Il est vrai qu'on ne voit pas très bien pourquoi, vous auriez confié la caméra à des élèves de première année. Des débutants à vos yeux. Des "petits" dit péjorativement.

 

Jacques Willemont

En ce qui concerne la séquence tournée devant Wonder, je dois dire en plus que Pierre Bonneau, à cette époque-là, ne donnait pas l’impression d’être un « foudre de guerre » dans le domaine cinématographique.

En bougeant de 30 centimètres, il aurait pu éviter que mon oreille et mes rouflaquettes soient en quasi-permanence dans le cadre.

 

Le récitant

Pourquoi étiez-vous si proche de la fille ?

 

Jacques Willemont

Parce que Robert Teisseire, l'ingénieur du son de l'IDHEC ne voulait pas nous confier ses meilleurs micros. Il nous avait refilé un micro déplorable. Pas directionnel pour un sou. Il fallait s’approcher de ceux qui parlaient pour avoir une chance que leur voix ne soit pas couverte par le bruit ambiant.

C’est pour cela que je serai ultérieurement confondu avec un pied de micro.

Normalement, c’est moi qui aurais dû tenir la caméra. Et Bonneau aurait porté les valises comme Chicheportiche l’a fait ce jour-là. Tiens qu’est-il devenu celui-là ? Il est devenu Roland Portiche : il a une tête qui me revient et il s'est bien débrouillé.

 

Le récitant

L'accaparation de "Wonder" s'exprime aussi, semble-t-il, par le fait que l'image de la jeune femme qui crie se retrouve partout dans la communication de Reprise de Le Roux.

 

Jacques Willemont

Vous n'êtes pas le seul. Je viens de fournir cette image et d'autres à l'Obs pour un article à paraître sur Mai 68. Une jeune femme m'a appelé hier, très embarrassée.

"- J’aimerais comprendre. J’ai sous la main vos photos et celles du film Reprise d’Hervé Leroux : ce sont les mêmes.

- Je sais. C’est un abus du producteur et des attachés de presse.

Voyez ci-dessous. Alors qu'elle ne figure pas dans le film de Leroux, en dehors des extraits pris dans mon propre film. Il est préférable d'en sourire.

 

 

Jacques Willemont

La confusion est telle, qu'une des nécrologies rédigées au moment du décès de Le Roux, faisait de lui le réalisateur de "Wonder". Un de plus. 

 

Le choeur

Excusez-moi d'insister. Liane Willemont a dit il y a un instant :

"-Quand vas-tu te décider à dire l'essentiel ?" C'est quoi cet "essentiel" ?

 

Liane Willemont

La disparition de tous les éléments de montage de Sauve qui peut Trotski (ex-Le cafard des montagnes).

 

Jacques Willemont

Cela s’est produit dans la nuit du 14 au 15 juillet. Pendant que nous regardions les lueurs du feu d'artifice gaulien sur les nuages en face de la fenêtre de notre chambre de bonne au 6ème étage de la rue Robert Le Coin.

 

Le choeur

Comme nous  avons vu une séquence avec Charles Berg tout à l'heure, nous supposons que vous avez fait tirer une nouvelle copie ?

 

Liane Willemont

C'était possible techniquement. Pas idéologiquement.

Jacques n'a pu récupérer les originaux qu'en 2006. Grâce à Sébastien Layerle, un historien du cinéma qui les a retrouvés aux archives royales belges.

 

Jacques Willemont

Le film faisait problème. Nous avions été prévenus par un ancien de l'IDHEC. Un chef opérateur, membre de l'OCI. Nous nous attendions à ... Mais pas à un autodafé.

On a "brûlé" symboliquement mon film. 

 

Le choeur

Pouvez-vous nous raconter cela.

 

Jacques Willemont

Oui, si vous le voulez.

 

 

 

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