J.W.

Rien qu'un Goy

 

 

 

Goy

Selon Leo Rosten, dans Les Joies du yiddish, p. 130-132, éd. Calmann-Lévy 1994 au fil de l'histoire juive, le goy devint pour les Juifs ce que le barbare était aux Romains.

 

J’ai vécu à ce sujet deux histoires édifiantes.

 

D’une part, en 1979, alors que je venais de terminer l’édition du numéro 10-11 « Au nom du führer, hier le génocide, demain la science au service du racisme », de la revue Impact dont j’assurais la direction de publication et la rédaction de nombre d’articles,  j’ai rencontré Jean-Pierre Pierre-Bloch, député de Paris et président de la LICA.

 

J’étais assis dans son bureau et lui, debout, tournait autour de moi en m’observant avec une vive attention.

"- Votre nom, monsieur Willemont, ne dit rien, mais n’auriez-vous pas des ascendants juifs ?"

 

Je n'ai pu m'empêcher d'établir un parallèle avec l’exposition "pédagogique" et "scientifique" scélérate Le juif et la France du 5 septembre 1941 au 5 janvier 1942 qui visait à aider tout un chacun à "reconnaître un juif".

"- Je ne crois pas, mais je ne connais pas toute ma généalogie !"

Il ne pouvait pas admette qu’un "barbare", un goy, puisse naturellement prendre l’initiative d’une dénonciation des racismes de tous poils et, surtout, de l’antisémitisme.

Tout cela est loin, mai je conserve un souvenir ému de mes rencontres avec Henry Bulawko, Jacques Delarue, Saul Friedlander, Albert Jacquard, Serge Klarsfeld, Léon Poliakov, Georges Wellers, ... Ils m'ont aidé à comprendre l'inimaginable, l’incompréhensible, l’impardonnable, …

 

J'ai regretté d'être né trop tard et de n'avoir ainsi eu aucune chance de devenir un juste. 

 

Mais tout cela n’excuse pas le comportement du gouvernement Israélien à l’égard des Palestiniens. Un gouvernement poussé aux extrêmes par les purs orthodoxes qui, il y bientôt un siècle, étaient les plus menacés de toute la communauté.

S’ils sont vivants aujourd’hui, c’est parfois parce que l’un de ces « justes » a aidé leurs parents à échapper à la violence nazie.

C'ets pourquoi, ces "purs et durs", je les nomme « injustes ». Et je leur rappelle que la Thora commence par un acte de générosité divine (Dieu habille ceux qui sont nus). 

Et si les Palestiniens sont aujourd’hui « nus », c’est que les Israélien leur ont pris, au fil des années, le peu qu’ils avaient au moment où ils sont arrivés : la Terre qu’ils habitaient depuis des siècles pour les uns, au nom d’une Terre rêvée depuis deux millénaires pour les autres. Cela demande compensation. Et d’abord, compassion.

 

Quand je vois comment les Juifs traitent leurs femmes, dont "la gloire est d'être à l'intérieur",  comme « Sarah sous la tente » (Genèse 18,1-33) je n’imagine pas ces «injustes» traiter équitablement les Palestiniens. Alors ?

 

 

 

D’autre part, il y a longtemps, j’étais proche d’une jeune allemande. Juive. Une fille étonnante. C’est elle qui me fit découvrir L’oiseau bariolé, ce livre troublant et terrifiant de Jerzy Kosinsky.

 

En juin, elle part aux Etats-Unis pour y rencontrer une partie de sa famille. L’automne revenu, je ne reçois aucune nouvelle. Je m’inquiète et j’interroge ses amis juifs qui esquivent. Je finis par trouver le téléphone de ses parents en Allemagne. J’appelle. La mère me parle en yiddish. Je réponds avec le peu d’allemand que je connais. Elle me signale, assez hostile, que sa fille est en France. J’appelle à nouveau ses amis français et …

 

Je sais maintenant ce que subissent les noirs, les rouges, les Garçons aux cheveux verts, les juifs, les arabes, les Ouïghours, les Moso, les Aborigènes d'Australie, ... tous ceux qui vivent dans des pays où ils sont minoritaires, ...

Pas seulement des sévices en gestes et en paroles. Non, je parle de la négation de soi. Du fait que celui d’en face ne vous accorde pas le même statut d’humanité que le sien.

 

Quelques mots d'une amie de Sarah T. (appelons-là ainsi) ont suffi :

"- Arrêtez d’appeler ses parents. Sa mère m’a dit que si sa fille devait épouser un goy, il aurait mieux valu que son mari et elle, meurent à Auschwitz".

Oui, ses parents étaient tous deux des rescapés d’Auschwitz.

Mon cerveau est parvenu à comprendre ces paroles, à défaut de les admettre.

Mon cœur, mon ventre, jamais. C’est la pire injure que j’ai eu à subir.

 

 

 

 

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© Jacques Willemont