La choule

 

 

Le projet ? Non, un film ! Sa réalisation a été stoppée du fait du désintérêt de la Région Picardie, lors de la demande de soutien en 2015.

 

 

 

Un rituel picard

Chaque année, à Tricot, dans l’Oise, le jour du Mardi-gras – normalement - la dernière mariée de l’année écoulée, lance vers le ciel, une boule de cuir en forme de poire, décorée de pompons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La choule n’est pas ce que l’on croit et encore moins ce que l’on en dit

 

 

 

La dernière mariée du village lance le choulet le jour du Mardi-gras 1973.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La dernière mariée du village lance le choulet le lundi de Pâques 2010.

 

 

Jacques Willemont à la caméra, lors de la choule à Tricot en 1973.

 

 

Règle du jeu ...

... bien qu'il ne s'agisse pas d'un jeu.

Pendant une heure, les célibataires d’une part, et les hommes mariés d’autre part, vont se disputer ce choulet et tenter de le lancer par-dessus un toit en face de l’église pour les mariés, ou par-dessus un toit à côté de l’ancienne mare, pour les jeunes gens.
Si aucun camp n’a gagné au bout d’une heure, on remet ça au lundi de Pâques. Et cette fois-ci, jusqu’à ce qu’une des équipes parvienne à lancer le choulet au-dessus du toit désigné.
On croit que cela remonte au Moyen-Âge. Pourquoi pas. Mais c’est un jugement d’historien qui ne jure que par les documents écrits dont il dispose . Et comme
il s’agissait d’un « jeu » de « gueux », il en est fait peu référence dans les récits des nobles et des lettrés. Heureusement, comme pour le Carnaval, les autorités bien pensantes l’interdisaient régulièrement et de nombreuses ordonnances témoignent de la pratique ancienne de la choule. Parce que ce « jeu » se pratiquait un peu partout autrefois : on en trouve des variantes en France même, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Italie, ...
On dit que la choule est l’ancêtre du rugby et du football. On croit que le « jeu » a été inventé en France et importé en Angleterre par Guillaume le Conquérant, qui n’était ni Celte, ni Franc, mais Normand. Mais on croit aussi que le « jeu » a été inventé par les anglais qui, à une autre époque, celle de la guerre de 100 ans, l’ont importé en France. On croit aussi l’inverse, bien sur.

C'est un jeu, dit-on. Drôle de jeu, qui se déroule au centre d’une forêt de symboles.
La période d’abord. A cheval sur un cycle de 40 jours, qui nous conduit d’une festivité à une autre, celle « grasse » du Mardi, le bien nommé, à celle pour laquelle on sacrifie – 40 jours plus tard – l’agneau pascal. Cycle qui nous conduit d’une absence de lune à un trop plein de lune ou, plus prosaïquement – d’une nouvelle lune à une pleine lune.
Autre symbole, trivial celui-ci, à Tricot, le choulet est assimilé à un sexe, verge et testicules compris. Et de se placer l’objet à l’emplacement idoine avec force plaisanteries et paillardises qui visent plus particulièrement – c’est évident - les jeunes femmes.

C'est un jeu, dit-on. Drôle de jeu qui mobilise un village entier, pour seulement quelques heures dans l’année, parfois même moins d’une heure (dans le cas où le choulet est lancé dès le Mardi-gras, au-dessus de l’un des deux toits).
S’il s’agit vraiment d’un jeu, pourquoi ne pas s’y adonner pendant les quelque 8.700 autres heures de l’année ?

 

 

Mariés/célibataires.

C'est un jeu, dit-on. Drôle de jeu pour lequel les célibataires reconnaissent que les hommes mariés ont quelque chose de « plus » qu’eux-mêmes. Plus forts. Plus organisés. Plus … Et bien entendu, par effet de miroir, les mariés parlent des célibataires avec une certaine condescendance. Les deux camps ont recours à un vocabulaire qui traduit l’envie d’un « passage » d’un état à un autre.
Voilà, le mot est lâché : « passage ». Et qui dit « passage », sous-entend « rite de passage ». Cela nous conduit au tréfonds des mentalités que les hommes d’aujourd’hui ont hérité de leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs préhistoriques.

 

 

 

 

 

 

Il ne s’agit pas d’un jeu, mais d’un rituel.

D’un rituel printanier, comme il en a été inventé, adapté, institué à travers tous les continents pour affronter les aléas de cette période particulière de l’année. Rituel printanier lunaire, qui suit le rituel solaire du solstice d’hiver.

Après une telle assertion, je n’échapperai pas à un brin d’explication pour tous les citadins qui ont perdu l’habitude de regarder le ciel ailleurs que sur l’écran de la météo à la télévision.

Le cycle « solaire » ? C’est simple. C’est celui immuable du soleil qui se lève chaque jour le matin pour se coucher le soir. Qui du solstice d’été - des feux de la Saint Jean -au solstice d’hiver – Noël – descend chaque jour un peu plus sur l’horizon, alors que les journées raccourcissent. A deux autres moments de l’année, les parcours célestes diurnes et nocturnes du soleil sont équivalents : ce sont les équinoxes de printemps et d’automne.

Pour la lune, c’est plus compliqué. On n’est jamais certain de la trouver la nuit, lorsqu’on lève les yeux au ciel. Et si on la voit, sa forme et sa position ne sont jamais les mêmes d’un jour à l’autre. Déroutant.

Mais revenons à la choule. Elle se déroule, comme nous l'avons déjà signalé, aux deux extrémités d’un cycle symbolique de 40 jours, celui du Carême. La choule a en effet lieu le Mardi-gras (la veille du Mercredi des cendres où débute le carême) et le lundi de Pâques (le lendemain du jour de Pâques où se termine le carême) .

 

 

Un film, déjà, en 1973

Dans le cadre de mon mémoire de maîtrise en ethnologie à l'université de Nanterre, j'avais réalisé, avec mes étudiants de Strasbourg et quelques amis, un film de 20 minutes sur la choule.

Pendant presque 40 ans, personne n'a vu le film mais, en 2010, l'Agence pour le Picard de la Région Picardie, ayant eu connaissance de son existence, a souhaité qu'il soit numérisé et présenté aux habitants de Tricot.

 

Pour visionner le film, cliquez.

 

Si vous en voulez une copie DVD, envoyez un email.

 

 

Un nouveau film ? Finalement, non : voyez pourquoi.

La réalisation d'un film a été décidée en 2010, au cours de la Choule du lundi de Pâques.

L'équipe de tournage est composée de l'auteur du film, Jacques Willemont et de plusieurs opérateurs, assistants et stagiaires qui se sont succédés de 2010 à 2015 : Charlotte Auguy, Anna Bazzigalupi (argentine), Eliza Chohadzhierva (bulgare), Cécile Delpoio, Sébastien Marmin, Elsa Placentino (corse),  ...

Le projet a reçu le soutien financier du Département du patrimoine ethnographique du Ministère de la culture.
D'autres soutiens ont été demandés à la Région Picardie, au département de l'Oise et au Canton du Plateau Picard, sans succès.

 

Pourquoi cette subvention ? Pas pour me payer évidemment, mais pour m’acquitter des rémunérations des stagiaires et assistants, et prendre en charge les déplacements et les frais de séjour à Tricot.

Puis, le mixage des sons, l’étalonnage, la réalisation du master du DVD et le tirage de ces DVD. Une bricole, mais j’ai déjà beaucoup cofinancé cette réalisation.

Basta, comme dirait mon assistante corse.

 

Une ultime demande de subvention a été adressée à la Région au mois de mai 2015. 

La réponse reçue quelques semaines plus tard fut négative : il n'y aura jamais de second film sur la choule.

 

Je signale que Patrice Fontaine (conseiller général de Maignelay-Tricot, fils de François Fontaine, l'ancien Maire de Tricot, frère de Dominique Fontaine, membre du conseil municipal de Tricot), m'avait affirmé à la Choule du lundi de Pâques 2015 qu’il soutiendrait la demande de subvention : c’était le temps des élections cantonales.

Mais il n’en a jamais rien fait.

Par contre, Jacques Bosquet, le Maire actuel de Tricot, s'est fendu d'une lettre. Ainsi que trois universitaires et spécialistes des jeux traditionnels : je les en remercie une fois encore.

 

Au revoir mes amis chouleurs.

 

 

 

 

Extraits des tournages de 2010 à 2015.

 

En cours de préparation.

 

 

 

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© Jacques Willemont