Remonter au niveau supérieur de l'arborescence "Goldorak"

 

 

 

Goldorak

Je vais vous raconter ...

 

 

Jacques

Tout a commencé au printemps 1976, à Cannes...

J’avais présenté au Marché du film L’Indien le premier film de la série documentaire pour la télévision Avoir 2O ans.

Un directeur de NHK a souhaité coproduire un film pour cette série. Bien entendu, un film à tourner au Japon. Pourquoi pas ?

Juillet 1976, la coproduction est signé à Paris.

Fin août, je débarque à Tokyo.

Je suis reçu avec beaucoup d’égards par l'équipe NHK. Avec moult courbettes et échanges de cartes de visite de manière cérémonieuse. Je l'ai raconté dans BRH.

Le Tupolev, l'escale à Moscou, l'accueil à l'aéroport, le taxi, l'hôtel, la télé, etc...

 

Éléonore

Dans sa version, Huchez me semble-t-i parle d'une escale à Anchorage.

 

Jacques

Vous oubliez les prostituées.

 

Éléonore

Cela me semblait superfétatoire. Mais il est vrai qu'il en parle souvent dans ses mémoires. Excusez-moi, je vous ai coupé ...

I

Jacques

Donc, ayant découvert Mazinger Z, je n’aurai de cesse d’obtenir les droits de reproduction d’un extrait de 45 secondes pour l'intégrer dans Un homme par millions. le film de la série Avoir 20 ans que je tournais à Tokyo.

 

Éléonore

C’est aussi à cette époque que vous montiez l’Encyclopédie des peuples

 

Jacques 

Oui, et j'ai un flash : si j'obtenais les droits de distribution de Mazinger Z en France et ailleurs, je récolterai un max de flouze et je financerai seul l’Encyclopédie.

Le seul problème, je n'aime pas vraiement ce type de film qui fonctionne sur la violence et la simplicité biblique des dialogues. On peut arranger cela, en adaptant les dialogues par exemple. On verra …

 

Éléonore

Toei accepte sans problème votre proposition ?

 

Jacques 

Ou, parce que la coproduction de mon film avec NHK les impressionne. Ils me précisent que je devrais négocier le contrat avec Marubeni France qui les représente, ...

 

Éléonore

... et c'est là que vous rencontrez ...

 

Jacques 

Le futur BRH (à l'époque, il se contentait de se faire appeler Bruno-René Huchez). Je l'ai tenu informé de l'avancement des négociations et quand je passais le voir, rue ... Ce n'était pas rue Vendatour, mais rue Gaillon. à côté de Drouant. C'est à dix pas.

Et le bistrot où Huchez et moi faisions des parties de baby-foot, c'est celui-ci.

Comme quoi les témoignages ... Le siège de Marubeni était bien rue Vendatour, mais l'immeuble avait une sortie rue Gaillon.

 

Éléonore

Vous aviez ue relation fondée sur la confiance.

 

Jacques 

Oui. il est venu à Milan parce je comptais l'intéresser à l'affaire. Mais ... 

J'ai découvert aujourdhui sur Wikipédia qu'il serait issu d'une famille aristocratique. Je crois me souvenir que c'était sa femme, l'aristo. Qu'importe. Il faudra que je demande à son fils. Entre nous, "Alexandre" fait plus aristo que "Bruno". 

 

Éléonore

Tout baigne, fin 1976. Alors, où est-ce que ça bloqué ?

 

Jacques 

Dans le contrat, il était prévu que je verse une avance de 100 000 francs. je ne les avais pas.

 

Éléonore

Mais ... vous produisiez bien des films ? Des films vendus dans le mond entier.

 

Jacques 

Oui, nous produisions bien des films, mais sans un radis.

Cette société de production ("S.C.E.T production", devenue "7 production") nous l'avions "achetée" 1 franc symbolique à Robert Michel, un promoteur immobilier, fils d'un armateur marseillais. Beaucoup d'argent. On avait le même âge. Il était né trois jours avant moi.

"S.C.E.T. production" qu'il avait probablement créée pour rencontrer des actrices, battait de l'aile. Il disposait en particulier d'un studio avec salle de projection et d'ateliers au 66, rue de la Fontaine au Roi. Tour cela lui coûtait sans rien rapporter. Même pas des actrices.

On a donc récupéré l'espace ... pour s'y installer dans un coin. Avant, nous créchions, Liane et moi, dans une chambre de bonne au sixième étage d'un immeuble de la rue Robert-Le-Coin. 

Nous disposions de 150 m2 et d'un fantastique lieu de travail. Un peu dans le genre du studio dont disposait Melville. Vous voule le voir ?

 

Et une scène du tournage du Coeur Gros

de Jean-Claude Forest, dans le studio.

 

 

Éléonore

Mais l'argent pour produire ... ?

 

Jacques 

Au début, il y a eu le "miracle" des "Primes à la qualité" pour les deux films que nous avions tournés en 1969. Moussem et Derdeba. Ils sont sur le site de l'UOH. Du pur film ethno. 

 

Éléonore

C'est pour produire vos propres films ethnographiques que vous aviez racheté cette société ?

 

Jacques 

Rachetée 1 franc. C'est tout ce que nous avions.

 

Éléonore

Mais vous étiez prof ?

 

Jacques 

Assistant. Assistant d'Université ce qui n'est pas la même chose. Je me rendais toutes les fins de semaine à Strasbourg. Après déduction du train, de l'hôtel et des frais annexes, il nous restait l'équivalent d'un SMIG. Suffisant pour vivre. Pas de quoi produire des films.

Mais grâce aux "primes", puis à l'avance d'Antenne 2 pour De l'Afrique et des Africains, la coproduction de la série Avoir 20 ans avec un producteur qui plaçaient les bénéfices importants de La planète sauvage pour payer moins d'impôts et, bien entendu, les crédits labo, ...

Les producteurs d'aujourd'hui aussi fauchés que nous l'étions, connaissent bien cette cavalerie entre les projets. En plus ... je suis officier de cavalerie. Si, si ... je vous assure. Dans les Spahis. De réserve évidemment.

 

Éléonore

Pourquoi n'avez-vous pas fait un peu plus de "cavalerie" pour payer l'avance que vous deviez à Marubeni ?

 

Jacques 

Parce que fin 1976, nous sommes très mal. L'éclatement de l'ORTF nous avait privé de nos meilleurs contacts dans les chaînes. Celui avec Jacqueline Joubert justement.

Nous subissions aussi les conséquences de la fatwa lancée par ce salaud de Rouch qui nous empêchait de poursuivre la série De l'Afrique et des Africains et les autres.

Il aura la peau de 7 production, qui va disparaître en juin 1977 : il aura surtout la mienne de peau. Un peu plus tard.

 

Éléonore

Il fallait trouver des partenaires ... 100 000 francs de l'époque c'est l'équivalent, inflation comprise à 60 000 euros d'aujourd’hui. Ce n'est pas le bout du monde dans le milieu du ciné que vous fréquentiez alors ?

 

Jacques 

Merci du conseil mais ... que pensez-vous que j'ai fait ?

Ayant les droits pour la France et les Pays francophones, j'ai imaginé un scénario tout simple : je cèdais les droits à un producteur belge pour 50 000 francs, et pour 50 000 autres francs, les droits à une société suisse. Il nous restait les droits français pour par un sou. Cela tombait bien, nous avions les contacts.

 

Éléonore

Oui, j'ai vu cela dans une note que vous aviez écrite en 1977 pour René Thevenet qui va s'occuper de l'affaire tout à la fin. 

 

Jacques

Nous connaissions en effet l'équipe belge qui avait créé Téléchat, cette émission pour enfants, dirigée par Éric Van Beuren et Henri Xhonneux.

Nous avons pris rendez-vous à Bruxelles avec les deux associés. 50 000 francs, pour eux, c'était rien, étant donné le succès de l'émission Téléchat.

L'un y croyait. L'autre pas. Ils décidaient tout à l'unanimité. Dommage !

 

Dix ans plus tard, dans les allées du MIP à Cannes, je rencontre Xhonneux : 

"- Ah, Jacques qu'est-ce qu'on a été con. Si on t'avait écouté on roulerait en Rolls.

- Oui, Henri. Et moi, j'aurais monté mon Encyclopédie et bien d'autres choses après".

Chacun ses rêves. Le Duo aura droit à son élection à l'Académie des 40 crétins.  

 

Éléonore

Ensuite, il y a eu le "fils à papa" comme vous dites.

 

Jacques

Henri Raschlé et moi, nous nous connaissions depuis l'IDHEC. Lui en réalisation. Moi en direction photo.

Il avait besoin d'une société de production pour produire officiellement les films qu'il finançait. Il s'est associé à 7 production, la société que dirigeait Liane, ma femme.

C'est lui qui a produit Brayer, Clavé, Weisbuch

Ce n'est pas sympa de le traiter de "fils à papa", d'autant plus qu'il es mort. Mais, ...

Son père était quand même assez riche pour se payer le luxe d'une écurie de course. Donc, les droits de Mazinger Z / Goldorak pour la Suisse, c'était une broutille.

 

Éléonore

Pourquo, cela ne s'est pas conclu ?

 

Jacques

Début 1977, nous avons fait le voyage de Zurich pour rencontrer son père. Un homme très ouvert. Après quelques minutes de discussion, il a demandé :

"- Alors Henri, que fait-on. Si ces films marchent au Japon et aux Etats-Unis, pourquoi pas en France et en Suisse ? 30 000 francs français, ce n'est pas grand chose. Je peux même vous donner 30 00 francs suisses. Cela vous aidera à lancer l'affaire.

- Peut-être, mais je voudrais réaliser prochainement un long métrage et j'aimerais que tu m'aides. Il ne faut pas se disperser.

- Je suppose que pour ce film, tu me demanderas certainement beaucoup plus de 30 000 francs."

Désolé le père. Et surtout, il se demandait comme nous, pourquoi Henri Raschlé nous avait imposé ce voyage, s'il était opposé à cet arrangement.

 

Éléonore

Qu'est devenu Raschlé ?

 

Jacques 

Henri Raschlé n'a jamais tourné son long-métrage. Dix ans plus tard, il est mort du sida. Mais ses musiques vivent toujours dans les films d'autres réalisateurs.

 

Éléonore

C'est quoi maintenant cete histoire avec Séguela ?

 

Jacques

Lui aussi mérite une place dans l'Académie des 40 crétins ? Il doit cette promotion, bien entendu, à sa crétine petite phrase sur ceux qui n'ayant pas de Rolex à 50 ans ont raté leur vie (c'est probablement le cas de tous ceux qui lisent ces lignes).

Vous savez qu'il a ajouté - pour se rattraper ? - qu'un clochard peut toujours trouver

1 500 euros pour s'en acheter une. Quel C. (crétin).

Cela traduit bien la nature du personnage et celle de la caste dont il fait partie et qu'il représente majestueusement. 

 

Éléonore

Mais restons-en à l'affaire "Goldorak".

 

Jacques

Parmi les associés de Liane, il y avait Robert Michel, le fondateur de SCET production (future 7 production). Il était promoteur immobilier, fils d'un armateur de Marseille, comme je 'lai déjà dit.

Ses relations professionnelles et mondaines l’ont conduit à me faire rencontrer un banquier qui connaissait bien Séguéla. Je lui ai montré les robots en plastique qui se vendaient par centaines de milliers eu Japon et aux Etats-Unis. Il était prêt à mettre de l’argent dans l’opération, si le marchandising était assuré.

« - Allez voir Séguéla de ma part. Il va régler cette question en deux coups de cuillère à pot (belle formule dont je me souviens) ».

 

Éléonore

Alors ?

 

Jacques

Rendez-vous est pris dans les 24 heures. J’entre dans le bureau de Séguéla (du côté de l’Eglise Saint-Sulpice, il me semble) : l’homme trône.

J’explique : la série, les robots démontables (j’en ai deux avec moi), les 100 000 francs pour bloquer les droits, ma collaboration récente avec l’un de ses collaborateurs pour une pub avec Darry Cowl. Il semble m’écouter. La preuve ?

« - Je n’y crois pas ! »

De ces quatre mots, je me souviens. Le reste, j’ai oublié. Je pensais « Quel crétin ! ». 40 ans plus tard, je lui accorde la récompense suprême bien méritée : Membre à vie de l’Académie des crétins.

 

Éléonore

Il y a une suite ?

 

Jacques

Je sors du bureau et je rencontre justement – j’ai oublié son nom – l’homme avec lequel j’avais réalisé cette pub à Bordeaux. Il voit mes robots, me les prend des mains, commence à jouer. Une autre personne arrive. Ils sont maintenant tous les deux à plat ventre sur le sol en train de s'envoyer des bouts du robot, propulsés par des ressorts internés.
"-Si ce C..... était sorti de sa «Tour d’ivoire, …".

Dommage, encore une fois. 

 

Éléonore

Maintenant, on s'approche de la fin.

 

Jacques

Et oui. Je ne me souviens pas du nom de l'homme qui a mis KO nos derniers espoirs dans une salle de projection de films sur les Champs-Elysées.

Nous l'avions rencontré de la part de René Thevenet. Président  de l'Association françaises des producteurs de films, il conseillait Liane pour solder les comptes de la société 7 production (Thévenet était un homme "introduit", avec un fabuleux carnet d'adresses : membre du conseil d'administration du Festival de Cannes, producteur de nombreux films). 

 

Éléonore

Vous avez tout arrêté ?

 

Jacques

Oui. Comment faire autrement ? La fatwa lancé par Jean Rouch portait ses fruits : la série De l'Afrique et des Africains était morte, assassinée, et nos espoirs de développement avec. Et les frais engagés pour lancer Goldorak avaient plombé la trésorerie de l'entreprise. Nous étions carbonisés.

rené Thévenet, président  qui soldait 7 production, a découvert que parmi nos "actifs" nous avions cette série japonaise. Mazinger Z constituait alors notre meilleur atout pour sauver la situation.

Il y a cru suffisamment pour nous conseiller de rencontrer un "spécialiste » du marchandising, le monsieur dont je ne me souviens plus du nom.

Il nous promet : « -Si cet homme y croit, je vous fournis personnellement l’argent dont vous avez besoin ! »

 

Éléonore

Et alors ?

 

Jacques

J'aime bien vos "Et alors ?". Deux jours après. Salle de projection. Bonjour, bonjour. Sans discours superflu, je lance la projection d'un épisode de la série.

Cinq minutes plus tard, ... même moins je crois ... Il se dresse, tel la statue du Commandeur, le doigt tendu vers l’écran sur lequel les images défilent encore, et il affirme, péremptoire : « Monsieur, ça jamais sur les écrans français ».

 

Éléonore

L'avez-vous revu plus tard comme vos amis belges ? Si oui, il aurait aussi pu vous dire : " - Qu’est-ce que j’étais c.. ! Si je vous avais écouté … ».

 

Jacques

A votre avis. Dois-je l’inviter dans mon Académie ? Celle des 40 c... ? Comme crétin, il n’est pas mal.

 

Éléonore

C'est fou le nombre de gens qui passent pour avoir de l'expérience, du nez, du savoir-faire, des couilles, etc...

 

Jacques

La majorité des gens que j'ai rencontrés dans ma vie, ne valait pas tripette.

 

Éléonore

Come Alain Siritzky ?

 

Jacques

Celui-là avait gagné un fric fou avec Emmanuelle, l’anti vierge (8 894 000 entrées en France). Lui aussi avait de l’argent à placer pour réduire le montant des impôts sur les bénéfices.

Un rendez-vous banal, jusqu’au moment où nous nous sommes quittés devant l’ascenseur près de son bureau. Il dansait sur place tant il était indécis. On appelait l’ascenseur. Il montait puis, pour faire durer, je refermais la porte et l’ascenseur repartait vers d’autres étages … Et Siritzky dansait. Et moi aussi, finalement, synchrone avec lui.

Quand je suis monté dans l'ascensur pour fuir cette situation, j’ai vu une affreuse grimace sur son visage. Il savait qu’il faisait une connerie, celle de ne pas s’engager.

Lui aussi, probablement ...

 

Éléonore

Tournons la page. Le papier s’est durci depuis 40 ans. Mais j'ai une question sur les lèvres. Une question essentielle, mais à laquelle plus grand monde peut répondre aujourd'hui : posons-là quand même. La question est ...

 

 

 

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© Jacques Willemont