Remonter au niveau supérieur de l'arborescence "Cinéma du réel"

 

 

 

Cinéma du réel

Vous avez dit abject ?

 

 

 

 

 

 

 

Si vous remarquez, ...

... la couverture du catalogue de la 3ème édition du festival, témoigne de l’abandon en 1978 du sous-titre  « film ethnographique et sociologique ». C’est « cinéma direct » qui prend le relais.

A regret, je peux vous le dire, mais c’était le prix à payer pour disposer d’un budget conséquent.

A semi-regret, plus exactement, parce que la programmation reste très ethnographique.

Finalement, nous tablions sur deux types de films.

Sous ma direction, l’ethnographie serait restée dominante et nous serions un festival très spécifique, alors que Cinéma du réel est devenu – seulement - un très bon festival générique de documentaire, comme il y en existe cent, cinq cents, mille, à travers le monde.

C'est leur affaire.

Toutefois, lorsque l'on sait ce qui s'est passé en juin 1978, on se demande pourquoi Rouch a volé ce festival puisque, quelque temps après, il se séparait de la BPI pour monter son propre festival ... purement ethnographique.

 

Vous comprenez maintenant le point de vue que j'exprime avec le masque tout en haut.

Pas celui de l'affiche du festval, non le masque en bois avec des lunettes de soleil et le texte au sommet de l'écran : ils me donnent tous la "gueule de bois".

 

 

Mais que s'est-il passé en juin 1978 ?

Une abjection. Je me répète, je le sais. Mais je n'en suis pas encore revenu.

Que Rouch jalouse ce festival depuis 1975, je le comprends. J’en étais même flatté. Qu’il cherche à l’accaparer est presque « normal ». Ne m’avait-il pas annoncé les hostilités à venir, fin août 1973 à Chicago ? :

« Entre nous Willemont, maintenant ce sera la guerre »  (j'en parle ailleurs).

 

Mais pourquoi, une « guerre sale » ?

Parce l’homme est ainsi. Pas l’Homme, pas l’Humain en général. Cet homme-ci. C'est de Rouch dont je parle en mauvais termes. Allons-y, déballons tout.

 

Le Festival a donc eu lieu à la BPI du Centre Georges Pompidou, dit Beaubourg, du 26 au 30 avril 1978.

Très grand succès. Début mai, je réunis l’équipe afin de faire le point et tirer les leçons de cette nouvelle session. Je cherche surtout de nouveaux partenaires pour ne pas dépendre totalement de Beaubourg : le CNC est contacté, la Ville de Paris, l’Institut national de l’audiovisuel également

 

 

Note importante : tous ces gens (CNC, INA, Ville de Paris, etc.) répondront PRESENTS lorsqu'ils prendront conscience de l'OPA de Rouch sur mon festival.

Ils m'aideront à monter la quatrième cession du festival L'Homme regarde l'homme en 1979. Un geste de défi de ma part. Pour que l'honneur soit sauf. 

Il va sans dire que ce fut une performance programmatrice et économique, sachant que nous roulions à plat. Sans un sous ou presque.

Mais revenons à 1978.

 

 

Et puis, le 10 juin 1978, le directeur de la BPI,  René Fillet, me demande de passer rapidement à son bureau.

Courtois, mais tendu, il commence :

« - Ce matin, j’ai reçu Jean Rouch et trois autres personnes ».

Nous y voilà. Je demande le nom de ces trois personnes, s’il les a notés.

«  - Absolument. D’abord, madame Marielle Delorme … »

Je la connaissais depuis les années 70. Si Rouch lui avait demandé de se jeter dans des flammes, elle l’aurait fait. Donc, elle était là, derrière son gourou.

« - Il y avait aussi Corneille Jest, un ethnologue ».

Je ne le connaissais pas du tout. Que faisait-il là ? J’ai cru comprendre que Rouch ne disait rien, qu’il laissait parler les autres. Donc Jest récitait certainement sa leçon.

Le quatrième ? Vincent Blanchet. Un jeune cinéaste, fils de l’actrice Narda Blanchet. Il est un collaborateur proche de Rouch avec lequel il va monter le laboratoire cinéma de l'université Paris-X en 1969.

C’est quelqu’un de bien. Apparemment. On lui devra plus tard les Ateliers Varan à la fondation desquels il participe avec son frère Severin.

Nous avions programmé lors de la session 1975 du festival L’Homme regarde l’Homme, le film Wahari de Jean Monod, un film de 1971 sur les Piaroa du Venezuela dont il était le cadreur(1). 

 

(1) Pour la petite histoire, j’avais présenté en parallèle le film L’Indien que j’avais réalisé en 1974 avec l’ethnologue hongrois Lajos Boglar, chez les mêmes Piaroa (voir article Le problème indien, Impact n° 2, page 13).

Il n'y aura pas vraiment d’échange : "eux" faisaient  de l’art, "nous" du reportage. J'ai entendu les deux mots. 

 

 

Tous les personnages sont en place. Que la pièce commence !

René Fillet m’a rendu compte du procès qui s’est tenu dans son bureau quelques heures plus tôt.

« - Voilà. Monsieur Rouch et les auteurs personnes présentes vous reprochent …. ».

 

Il tenait un carnet ouvert dans lequel il avait noté toutes les pièces du réquisitoire. Par exemple, il m’était reproché d’avoir projeté les films primés par le Festival, à mes étudiants à Strasbourg.

Mais, lui dis-je :

« - Monsieur Fillet, c’était prévu dans les fiches d’inscription.

René Filler lit la page 4 du catalogue et il en convient. On passe à la suite. 

 

 

Un inventaire à la Prévert, mais sans dimension poétique.

Tout était du même tonneau. Rien n’est grave, mais l’accumulation de griefs avait ébranlé la confiance que cet homme m’accordait. Rendez-vous compte : Jean Rouch, le Pape du cinéma ethnographique, s'était déplacé lui-même, accompagné de trois personnes, c'est qu'il y avait quelque chose de grave ...

Voilà comment on met en scène un assassinat.

 

Mais tout cela ne constituait que la "mise en bouche". La plat de résistance a été servi rapidement.

Depuis un moment, je voyais dans ses yeux qu'au fur et à mesure qu'il lisait ses notes, il sautait des lignes, commençant sérieusement à douter de la pertinence des accusations.

Mais, à un moment donné, je le vois se redresser. Là, c'est du solide !

 

 

Comment Blanchet a-t-il pu oser dire cela ?

« - Le plus grave a été évoqué par Vincent Blanchet, dit-il. Votre femme vendrait son film Wahari à des télévisions sans qu’il ait donné son autorisation ! ».

Je suis ravagé : comment Blanchet et Rouch avec lui, ont-ils pu descendre à ce niveau d’ignominie. M’atteindre par ma femme.

Beaucoup de cinéastes et de producteurs connaissent bien Liane : à partir de 1982,  elle a été responsable de production à l’INA, dans le département de Claude Guisard.

J'ai la certitude que beaucoup peuvent témoigner de sa droiture.

C’était infâme. Cela ressemblait aux procès communistes dont j’avais eu connaissance. Procès Slánský à Prague. Affaire Victor Kravchenko à Paris, etc…

Avec Rouch à ses côté, Vincent Blanchet pouvait se lâcher. 

 

J'étais ravagé mais ... j’avais à nouveau les pieds sur un sol ferme.

Jusqu'alors les accusations étaient floues, sans consistances. Là, c'était du solide. Facile à en démontrer la fausseté

"- Vos propos prouve, monsieur, que si vous êtes un spécialiste du monde de l’édition littéraire, vous ignorez tout du cinéma. Pour vendre un film à une télévision, il faut livrer une copie image 16mm neuve et une bande son 16mm sans commentaire. La V.I. [ce serait différent aujourd’hui avec le tout numérique].

Pour ce faire, il faut demander au laboratoire qui possède les éléments originaux du film, d’effectuer le tirage des copies nécessaires.

Le laboratoire ne demande que cela, c’est une entreprise commerciale,  mais …. A condition que le demandeur dispose d’une autorisation de tirage signée par le producteur et/ou le réalisateur. . ET je ne pense pas que Vincent Blanchet en ait signé une au bénéfice de ma femme. Donc … »

 

 

Débarqué.

René Fillet, le directeur de la BPI n’est pas un spécialiste du cinéma, mais il comprend vite. D’autant plus que je lui ai montré la réaction d’Olivier Barrot trois ans plus tôt (numéro 1 de la revue). Il referme son carnet et pour clore la rencontre :

« - Je préfère cela. Me voilà rassuré. Mais, il n’empêche que nous ne monterons pas la prochaine édition du festival ensemble.

La direction générale, là-haut (sous-entendu la direction du Centre Beaubourg dont la BPI dépend), a été contactée par la direction du CNRS et, comme vous le savez, le CNRS fait partie des partenaires de Beaubourg ».

Il va se dire désolé – il semble l’être vraiment – mais les jeux sont faits. Je suis congédié. C'est d'autant plus facile que je n’ai aucun contrat avec eux. Devant un tribunal, je gagne. Au moins des dommages et intérêts. Mais je suis un plouc. Un petit provincial. Le CNRS, Beaubourg, tout cela, n’ont aucun respect pour des gens comme moi.

 

Ce qui est abject, c’est également le fait que, selon le principe "qu’il n’y a pas de fumée sans feu", je suis suspecté d’avoir commis des fautes, que dans son infinie bonté, la direction de la BPI n’a pas révélées. C'est ce que pense tout un chacun.

Encore aujourd'hui, j'en suis certain.

 

On arrête là ?

 

En fait, non. Depuis, j'ai reçu un message de Catherine Blangonnet [elle travaillait à la BPI en 1978] qui m'a raconté comment cela s'est passé dans les jours qui ont suivi.

Je me souviens très bien de ce qui s'est passé. Danielle t'a vivement défendu auprès de René Fillet, devant Rouch et Jean-Michel Arnold. Je n'assistais pas à cette réunion à quatre, mais je revois encore, à la sortie du bureau de Fillet, (un de ceux qui était fermé dans ces bureaux paysagers) son visage blême (c'est un mot que je n'emploie pas généralement mais c'est vraiment ce dont je me souviens), son visage défait. Elle m'a immédiatement raconté l'affrontement. Elle en pleurait. Contrairement à ce que tu crois, elle a argumenté longtemps en ta faveur, ne supportant pas de te voir évincé du Centre. Mais le rapport de force était trop défavorable : une jeune conservatrice de bibliothèques en face du pape du cinéma ethnographique. Avec cela, un directeur gentil, mais dont la situation était peu assurée dans le Centre et qui ne voulait pas faire de vagues. La lâcheté est bien partagée. Moi aussi, j'étais absolument révoltée mais je suis restée dans le service audiovisuel, alors que Danielle a quitté la Bpi pour l'Ina fin1978. Et j'ai même été responsable pour la Bpi de la sélection du festival de 1979, au grand dam de Rouch et de Marie-Christine de Navacelle, arrivée trop tard dans l'année, qui ont largement contesté nos choix  trop "politiques " comme on disait alors. Tu observeras que mon nom a complètement disparu également des témoignages recueillis pour cet anniversaire. Par la suite, je me suis affrontée à Marie-Christine de Navacelle, mais c'est une autre histoire...

 

 

Vérifions l'exactitude de mes assertions

 

 

Je vais demander  à Corneille Jest qui était là au moment de l'estocade.

 

Texte du courrier 

Monsieur Corneille Jest.

Je parle de vous en mauvais termes dans mon site personnel.
Consultez la page http://www.willemont.pro/cinema-du-reel/vous-avez-dit-abject/

et faites moi part, si vous le jugez utile de vos remarques.
Cordialement.

J'attends la réponse

 

 

et à Marielle Delorme, secrétaire de Jean Rouch qui était présente.

 

Texte du courrier 

Madame Marielle Delorme.

Je parle de vous en mauvais termes dans mon site personnel.
Consultez la page http://www.willemont.pro/cinema-du-reel/vous-avez-dit-abject/

et faites moi part, si vous le jugez utile de vos remarques.
Cordialement.

J'attends la réponse

 

 

Et pendant que j'y suis, à Jean-Michel Arnold qui ne doit rien ignoer de cette affaire.

 

Texte du courrier 

Monsieur Jean-Michel Arnold.

Je parle de vous en mauvais termes dans mon site personnel.
Consultez la page http://www.willemont.pro/cinema-du-reel/vous-avez-dit-abject/

et faites moi part, si vous le jugez utile de vos remarques.
Cordialement.

J'attends la réponse

 

 

 

 

 

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