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L'Académie des 40

Jacques Willemont

 

 

 

Je suis insécable des 39 autres ... 

... à la fois par orgueil et par modestie, ai-je écrit.

J'ai ajouté : "Il faut reconnaître la poutre dans son propre œil, avant de dénoncer la paille dans l'oeil de l'autre."

 

Quand je me retourne, je découvre que j'ai fait mainte fois preuve de crétinerie. Plusieurs me viennent à l'esprit.

 

1975. Le 2 janvier.

Jacqueline Joubert, chargée de nouvelles responsabilités dans le cadre de la chaine de télévision Antenne 2, créée depuis la veille sur les ruines de l'ORTF dissout le 31/12/1974, me téléphone.

Il n'est pas 11 h, le 2 janvier, le premier jour de sa prise de poste. 

 

Elle me connait depuis le documentaire qui a été tournée à sa demande en 1973 par Gilles Daude.

Voici l'extrait qui lui a beaucoup plus.

 

Fin 73, elle me demande de passer à son bureau aux Buttes Chaumont pour faire connaissance. Justement je reviens de Chicago où a germé l'idée d'une diffusion "grand public" de film ethnographiques "purs et durs". Pas des films touristiques. Cela c'est facile.

J'explique mon projet : une douzaine de films de 20 minutes sur les sociétés africaines traditionnelles. Son titre ? Banal : De l'Afrique et des africains.

Elle écoute avec une grande attention. A la fin, elle me commande la maquette d'un épisode.

On l'écrit, on le monte, on le mixe, on le banc-titre, ... Le résulat lui convient : elle nous en commande 12 autres.

C'est grâce à elle que nous avons réalisé, Liane et moi, cet exploit éditorial : la série de 13 films sera ensuite diffusée en 14 langues dans 17 pays.

 

Où est la crétinerie ?

J’y arrive. Un an plus tard environ, le 2 janvier à 9 heures. Jacqueline Joubert prend place pour la première fois dans son siège de responsable ... des activités théâtrales sur Antenne 2.

Et dans ses premiers minutes professionnelles de l’année 1975, elle téléphone à Jacques Willemont pour lui propose d’assurer en tant que producteur, la captation de pièces de théâtre.

Je vais refuser.

 

Une décision absurde ?

Peut-être. Mais qui l'est moins dès que l'on a compris ce qui dirige ma vie : le souci permanent de la plus grande liberté possible. Ne dépendre de personne.

Je vais répéter trois fois ce geste - admirable, mais difficile - : savoir dire « non ».

 

En 1972, je refuse la direction du Serdaav (futur CNRS audiovisuel) que me propose Jean Rouch.

En 1991, le lundi 22 avril, je décide d’arrêter immédiatement le projet que je porte depuis 4 ans. J’ai pourtant sur le dos, l’équivalent de 200 000 euros de cautions bancaires personnelles que je devrais payer avec mon magnifique salaire d’universitaire équivalent à 2 000 euros d’aujourd’hui (moins les frais de déplacemnt toutes les semaines à Strasbourg).

Grâce à Liane qui négociera brillamment avec les banques, nous couperons la poire en deux. Reste 100 000 euros, payés en 10 ans à raison de 900 euros par mois (avec les intérêts). Il ne restait pas grand-chose pour vivre. Ce qui explique que nous n’avons jamais pris de vacances avec les enfants.

 

Le 3ème "non".

Objectivement, j'avais déjà trop de travail. Mes cours à Strasbourg. La nouvelle série, Avoir 20 ans, que nous lancions. La revue Impact. Le festival L'homme regarde l'homme (futur Cinéma du réel)

Mais, tout aussi objectivement, nous vivions Liane et moi, avec mon seul salaire d’assistant de fac. Une misère. Et, chaque semaine, je devais me rendre par le train à Strasbourg. Heureusement, proche de mes étudiants, j’étais souvent logé à l’œil. Par les uns ou par les autres. Et le plus souvent par les moins nantis.

Clément Gilmet, passionné des forgerons itinérants d’Afghanistan sur lesquels il avait réalisé un film pour sa maitrise d’ethno, m’a généreusement invité dans le sous-sol qu’il occupait, à proximité de la chaufferie au charbon de l’immeuble.

Francis et Marie Ehrmann pour leur part, me logeaient dans la chambre d'amis donnant sur la rue du Jeu des enfants. Et d’autres que je remercie. Nous sommes restés amis.

Alors refuser l’argent de Jacqueline Joubert … D’autant plus que Liane et moi souhaitions avoir rapidement un enfant : commandé trois mois plus tard, officiellement le 30 mars 1975, le jour de mon anniversaire, il arrivera effectivement trois jours après Noël.

Qu'est-ce que vous en dites ?

 

J’envie un peu ceux qui aiment l’argent. Quand il passe à leur portée, ils sont moins regardants sur les conditions d’obtention. 

 

 

1977. Au mois d'Avril.

Fin 1976, je tournais au Japon, en partenariat avec NHK, l'un des films de la série Avoir ans.

Lors de mon séjour, j'avais découvert Mazinger Z et autres dessins animés de robots géants. J’ai souhaité en monter un extrait dans le film que je réalisais – Un homme par millions –. Les gens de chez Toei m'ont appris qu'ils n’étaient pas parvenus à vendre la série aux télés européennes.

Comme je cherchais de l’argent pour monter mon projet d’Encyclopédie des peuples, j’ai rêvé évidemment, que moi, j’allais y parvenir.

Je raconte toute l’histoire dans la rubrique Goldorak et c’est dans ce cadre que j’ai rencontré Jacques Séguéla que j’honore avec cette Académie.

Ma recherche de financement se révéla très vite infructueuse et personne ne croyait à l’avenir de ces séries.

J’ai pris contact avec le département jeunesse d’Antenne 2. Celui, évidemment, me semble-t-il, de Jacqueline Joubert. Mais, on me dit que non.

Ce dont le me souviens, c'est que je ne l'ai pas contactée en 77, parce que je ne savais pas comment justifier mon refus de collaborer deux ans plus tôt.

Du coup, j‘ai rencontré un Saint au lieu de Dieu. Patrick Laffont peut-être, ou quelqu'un d'autre. Je ne sais plus.

Si je ne m'y étais pas pris comme un crétin, j'aurais vendu Mazinger Z ou Goldorak à Antenne 2. Et aujourd’hui, je serais à la tête, non pas d’autres épisodes de films d’animation, dont je n’avais rien à foutre, mais d’une collection unique de documents multimédias pour la diffusion des connaissances et des compétences … en 14 langues et plus, parce qu’affinités. Quel dommage.

 

 

Voilà pourquoi je suis un crétin. Un vrai. Un grand. Mais ceux que je vais inviter dans cette "Académie" ne le sont pas moins.

 

 

 

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© Jacques Willemont