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J.W.

7 ans 

   

 

 

La première minute.

Avant que le médecin ne dise :

"- Ce petit homme me regarde droit dans les yeux avec un certain air d’insolence qui ne présage rien de bon",

ma mère avait posé une question :

"Docteur, est-ce qu'il du poil sur le visage ? Ou sur le corps ?"

 

Pourquoi une telle question ? Ceux qui connaissent les superstitions paysannes savent que lorsqu’une femme voit un rat pendant sa grossesse, et ce fut son cas pendant l'exode de 1940 (voir - 9 mois), il est à craindre que l’enfant naisse avec du poil sur le corps.

"- Non, madame Willemont rassurez-vous !"

 

Soulagement. Mais pas fin de l'histoire. Vingt-sept ans plus tard, alors que je reviens du tournage au Maroc avec Viviana Paques et Liane, je porte une barbe. Ma mère :

"- Et bien voilà. Cela a pris du temps, mais tu as ton poil de rat autour du visage".

Les mères ont toujours raison.

 

 

 

 

Que du bonheur.

La maison bruissait de musique. Mon père était un sacré saxophoniste. Il aurait pu en faire son métier. Mais ...

 

Je me souviens bien des bals qu'il animait avec ses copains, connus au momnt de son service mililitaire qu'il a accompli "à la Musique". C'est le terme qu'il employait.

 

J'ai mis dans cette animation, des images de différentes périodes de "la musique de mon père" (il n'y en a qu'une pour l'instant, mais les autres viennent) ***

  

 

  

 

L'abri dans le jardin.

Quand je suis né, la guerre était partout. Les Allemands, m'a-t-on dit, étaient partout. Mais une seule bombe a été lâchée par un avion dans les dix kilomètres à la ronde de mon village. Vlan, en plein sur le château d'eau. Je n'ai rien vu. On m'a raconté.

 

 

Mais par précaution, mon grand-père et mon père avaient décidé de construire un abri dans le jardin. A cause du coup du château d'eau.

L'abri a surtout servi d'aire de jeu. Il est resté en état quelque temps après la guerre, ce qui fait que je m'en souviens assez bien. 

 

 

 

 

Infos pour ma propre famille que cela intéresse.

De gauche à droite :

- Nicole, une cousine du côté de mon père. Elle était dure à vivre. Absence du père ?

Il était prisonnier en Allemagne. Elle est morte il y a bien longtemps. Mort un peu mystérieuse.

- Lucienne, ma mère. 

- Bernard, un jeune frère de mon père. Il vient de mourir. Oublié. Ce n'est pas le mot juste, mais disons cela : oublié.

- It's me ! 

- Un inconnu.

 

Le rire des femmes.

Tout le monde avait pris l'habitude de courir vers l'abri dès qu'on entendait le bruit d'un avion. Nous les enfants avons poursuivi ce rituel, la paix revenue.

Ah. Le rire de mes cousines. Surtout qu'au fond de l'abri, je ne manquais pas de les chatouiller. C'est à cette époque que je suis tombé amoureux du rire des femmes.

 

 

 

Dans les bras de la Wehrmacht

Dans ma famille, tout le monde est convaincu qu'aucun événement réel n'explique ce souvenir. Pourtant, je me souviens de la peur que je lisais sur les visages des adultes. Ils regardaient le couple que je composais avec un officier allemand dans les bras duquel je paradais.

Pourquoi cette peur me disais-je, puisque je sais, puisque je sens que je ne cours aucun danger.

Je tourne le visage et l'homme est là tout près de moi. Il me tient sur son bras  gauche. Il porte une casquette. Ce doit être un officier. Il n'a plus de bras droit.

"'- Tu l'as rêvé" me dit-on.

Bon, OK, mais je vois encore son sourire.

 

 

La guerre, pour moi, c'est quatre générations qui vivent encore ensemble : le grand-père Willemont. "Mémé mon", Germaine, sa femme. "Mémé lo", Blanche Baudelot, l'arrière-grand-mère. Clotaire, mon père. Lucienne, ma mère. Et moi, Jacques, Lucien, Clotaire né le 30 mars 1941, au centre de cette grande famille où passaient en permanence, des oncles, des tantes, des amis, des réfugiés et surtout des enfants, plein d'enfants.

Pas beaucoup de souvenirs, mais un sentiment de bonheur intense.

 

Ah, j'oubliais.

Un autre souvenir, inventé aussi, probablement. Lorsque les américains sont arrivés en 44 dans mon village - j'avais trois ans -  ILS JETAIENT DES PAQUETS DE CIGARETTES ET DE CHEWING GUM par l'orifice de leur canon ! Si, c'est vrai, je m'en souviens !

J'ai tenu tête quelques temps et j'ai finalement convenu que c'était fort improbable.

 

 

Et le saxo, évidemment.

Toute ma petite jeunesse s'est déroulée au son du saxo. Mon père était un musicien de talent. Je m'asseyais souvent  devant la porte de la pièce où il jouait. Et j’écoutais. Puis, n’y tenant plus, je posais lentement ma main sur la clinche, veillant à ne faire aucun bruit. J’ouvrais la porte doucement et le son m’envahissait: Saxo

 

"- Laisse ton père tranquille.

- Il ne me dérange pas "

 

   

Quand j'avais sept ans, ...

... je devais certainement penser, de manière évanescente, inconsciente, que les hommes sont naturellement bons.

Je ne savais évidemment pas formuler ce sentiment, mais il était au fond de moi comme une évidence.  

 

 

 

Puis, ce fut la fin de l'insouciance. D'abord le saxo dont mon père n'a plus joué. Puis, ...

   

 

 

 

 

  

 

  

   

   

   

 

 

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© Jacques Willemont