De l'Afrique 

... et des Africains.

 

Une réussite dont je suis fier. Si vous permettez, je dirai même :

Plus qu’une réussite, un exploit.

 

En effet, créer une série de 13 films ethnographiques, « purs et durs » d’une durée de 20 minutes et la diffuser dans 17 télévisions dans le monde … c'est un exploit.

A l’époque, cela ne s’était jamais produit et aujourd’hui, si des chiffres de cette nature pourraient être avancées, il s’agit d’ersatz de découverte touristique, avec prises de vues droniques dont les chaînes, Arte compris, se régalent : rien à voir.

Quant à découverte des peuples et de leur vision du monde, s'il vous plait, ne me parlez pas de J'irai dornir chez vous ou En Terre inconnue.  De l'ethnocentrisme puant. 

Tournons la page.

 

De quoi s'agissait-il ?

Côté production. En 1974, Jacques Willemont réunit 13 cinéastes et ethnologues avec lesquels il réalise une adaptation d'un de leurs films réalisé quelques années plus tôt.

Ces films - préexistants donc - diffusés précédemment par le Comité du film ethnographique (l'équipe de Jean Rouch, donc) avait été vus par 1 000 à 2 000 personnes au maximum.

Liane (1), pour sa part s’est chargée de la diffusion de la série dans 17 pays en 14 langues, et ce sont de 7 à 10 000 000 de téléspectateurs qui ont vu ces 13 films. Vous voyez que le mot « exploit » n’est pas exagéré.

Et on comprend …. Quoi ? Que Jean Rouch n’ait pas supporté qu’un homme plus jeune  – un fils symbolique – fasse mieux que lui. Notre réussite à Liane et à moi, était à la fois une injure et le signe de sa mort prochaine (il a quand même pris le temps).

 

(1) Lorsque j’écris Liane tout court, il s’agit de Liane Willemont, ma femme avec laquelle je vis depuis plus de 50 ans, depuis le 12 janvier 1967.

 

 

L'origine du projet

Il est 11 h le 31 aout 1973 à Chicago. Plus exactement dans le Hilton de Chicago où se déroule le Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques.

 

Dans le cadre de ce Congrès, une conférence internationale d’anthropologie visuelle a été organisée.

Elle réunit les plus fameux ethnocinéastes de l'époque : Timothy Ash, Asen Balikci, Gregory Bateson, Lajos Boglar, Mark Mac Carty, Emilie de Brigard, Robin Forston, Paul Hockings, Susanna M. Hoffman, Marek Jablonko, Stephanie Krebs, Alan Lomax, David Mac Dougall, Jamshed Mavalwala, John Marshall, Margaret Mead, Oscar Peterson, Richard Prost, Gordon Quinn, Jean Rouch, Roger Sandall, Jean-Marie Schaeffer, Shawn E. Scherer, Richard Sorenson, Gerald Temaner, John H. Weakland et moi-même, Jacques Willemont. Fantastique non ? 

 

La résolution prise ce 31 aout est intitulée : “Resolution on Visual Anthropology Passed at the IXth International Congress of Anthropological and Ethnological Sciences, Chicago, September 1973 in Principles of Visual Anthropology.”

Elle consiste à enregistrer par l’image et le son, les derniers vestiges de la richesse et de la diversité de notre patrimoine culturel.

Une sorte d’avant-projet du Patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. En plus subtil sur le plan scientifique, parce qu’il ne s’agissait pas seulement de développer le tourisme.

 

J’ai rendu-compte de cette initiative dans le numéro 1 d’une revue modeste que j’animais en 1975 (voir aussi Claudine de France, Cinéma et anthropologie, 1982).

 

Objectif prioritaire de la résolution de Chicago : le tournage.

Rassembler des fonds pour capter cinématographiquement la vie quotidienne et les rituels des sociétés en voie de transformation rapide (on ne parlait pas encore de mondialisation et de patrimoine immatériel).

 

Qui était chargé d'appliquer cette résolution ?

Un sorte de Yalta du film ethnographique fut établi : Paul Hockings de l'Université de l'Illinois se chargeait de l’organisation des tournages dans les pays anglo-saxons, Jean Rouch du Comité du film ethnographique, de ceux en Europe et en Afrique. D’autres dont j'ai oublié les noms s'occupaient du reste du monde.

 

 

Objectif secondaire : la diffusion de films.

Il s’agissait de monter des films comme ceux que produisaient en France le Comité du film ethnographique et le CNRS ou d'autres institutions scientifiques dans le reste du monde.

Des films destinés aux étudiants et aux spécialistes. C'est à dire un micro-auditoire. Pourquoi pas, mais j'étais convaincu qu'il était possible de faire mieux. Beacoup mieux. Quoi ?

 

 

Ma proposition.

J’ai suggéré que des collections de films destinés à un large public, soient réalisées à partir du matériel patrimonial mis en oeuvre.

Les ressources provenant de leur diffusion contribueraient à financer le projet global.

Cela étant dit, mon but véritable était de faire connaitre au grand public ces peuples à la connaissance desquels il contribue. Comment ? Par leurs impôts.

Je fais en effet partie des gens qui veillent à contrebalancer les droits que nos sociétés riches nous accordent, nous les chercheurs, universitaires et cinéastes, par autant de devoirs. Informer le grand public est un devoir.

 

Ma proposition à la fois pragmatique et éthique fut bien accueillie, sauf par un grincheux, un envieux, qui souhaitait que le projet ne se réalise pas, dès lors qu'il ne le contrôlait pas.

Un type influent, un français qui ne supportait pas qu’un autre français, un « second couteau » à ses yeux, apparaissent sur le devant de la scène. Vpoius voyez de qui il s'agit.

 

Si j'évoque des péripéties, ce ne peut être - cohérence olblige - que pour introduire la mise en route de mon projet. Mais avant d'en parler, voyons ce qu'il est advenu de la résolution du Congrès de Chicago.

 

 

Qu'est-il advenu de la résolution ?

Dans le monde anglo-saxon

Je ne sais pas.

Je viens d'envoyer un courriel à Paul Hockings à ce sujet.

 

En France : Maurice Godelier

Il avait déjà été débouté d'une demande au Comité du film ethnographique en 1969. Il l'a été à nouveau pour la seconde campagne de tournage des Initiations Baruya Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1978.

Heureusement, Ian Dunlop qui était au Congrès lui a fourni l'équipe et les moyens techniques de l'Australian film unit.

Il s'agit de l'une des réalisations les plus abouties et significatives qui réponde aux attentes de la résolution de 1973 : 17 heures de documents mis en forme pour un usage scientifique. Dont quatre heures sont diffusées par le CNRS audiovisuel.

 

Jean Rouch

Pour sa part, il avait déjà édité sept films sur le Sigui (Sigui 1967 à Sigui 1973) cette cérémonie qui se déroule tous les soixante ans et qu'il ne pouvait pas rater.

Je n'ai pas connaissance, dans les années qui ont suivi, d'une quelconque autre réalisation de cette nature managée par le Comité du film ethnographique et/ou le CNRS.

 

Jacques Willemont

J'ai été relégué depuis 1978 dans les oubliettes du cinéma des sciences sociales (ethnographique surtout). Pourquoi ? Une longue histoire que je raconterai plus tard.

Heureusement, grâce au multimédia où j'étais en avance sur le peloton, j'ai pu faire diffuser deux films, Lascaux revisité (Lascaux revisited) et Lascaux, un nouveau regard (Lascaux, a new look) dans les milieux éducatifs aux Etats-Unis (plus de 30 000 exemplaires distribués).

 

Grâce à mes droits d'auteurs, j'ai financé de 1988 à 2016 :

1 - les tournages et les montages de quatre films sur les Gnawa,

2 - l 'édition les rushs du tournage en 1988 (en cours de transcription)

3 - quarante entretiens avec des ethnologues, des ethnomusicologues, des historiens, des psychologues, des psychiatres, des chefs de musiques, marocains, français, américains, canadiens, ….

Une partie de toutes ces données a été mise en ligne par l’université de Strasbourg :

- Ce que nous apprend l'anthropologie

- What we learn from anthropology

 

La collaboration avec Unistra s'est déroulée dans de très mauvaises conditions (si vous êtes curieux). 

 

Je suis en train de mettre en ligne les 40 vidéos que Unistra a négligées

 

Il me semble que cette « somme documentaire» effectuée à compte d’auteur et, vers la fin, avec l’aide partielle de l’UOH (université ouverte aux humanités) est unique en France (si ce n’est pas le cas, faites le moi savoir).

 

Voyons maintenant cette prétendue fabuleuse série.

 

 

 

 

 

 

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© Jacques Willemont