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La disparition de "L'homme regarde l'Homme"

 

 

 

En 1979, s'est joué une reprise du combat mythique

de David contre Goliath. Un combat entre "L'homme regarde l'homme" dont il s’agissait de quatrième session et « Cinéma du réel » dont c’était la première cession.

Et "David" aurait pu le gagner, malgré que Beaubourg disposait de moyens financiers 10 fois supérieurs aux nôtres.

D'abord, parce que notre programmation était plus éclectique. Nous avions rajouté à la sauce cinématographique ethnologique et sociologique, une épice déterminante : des rencontres sur le thème Cinéma et enfance.

 

 

12 télé autour de nous, dont les 3 chaînes françaises

Nous avions en effet réuni les représentants de 12 télévisions. Fabuleux non ?

(Cela avait été possible parce que Liane Willemont, chargée du service de presse du festival, avait de très bons et nombreux contacts avec ces télé : ne venait-elle pas de leur vendre la série documentaire De l'Afrique et des Africains).

 

 

(Cliquez sur l'image pour l'aggrandir)

 

Pourquoi cela n'a pas marché ?

Nous avons eu la poisse et, surtout, nous avons subi les attaques de certains coupe-jarrets.

Je vais raconter ces péripéties, parce qu'il n'y a aucune autre trace de cette histoire de cinéma, mais surtout de rivalité.

 

Acte 1 : TF1, A2 et FR3 étant présents au festival, nous avions programmé des interventions dans des journaux télévisés et dans des émissions. Sur ces trois chaînes.

Que souhaiter de mieux pour attirer le public dans les salles du Cinéma de Arts ?

 

Acte 2 : Nous avions également réservé un affichage dans les stations du métro. Je me rappelle du prix : 5 000 francs.

 

Acte 3 : Toutefois, malgré l'aide financière de la Ville de Paris (merci Henri Chapier),

les aumônes de trois Ministères, les prestations gratuites de l'INA (merci Bernard Faivre d'Arcier), nous n'avions pas la capacité de payer à la fois les voyages et les séjours des membres du jury et de payer l'affichage dans le métro.

Heureusement, Jack Gajos au CNC nous alloue les 5 000 francs. Ouf ! Tout baigne.

 

Acte 4 : Tout baigne jusqu'au moment où Jack Gajos se dédie. Nos contacts au CNC nous expliquent que Jean-Michel Arnold connait bien Gajos, ... Et comme Jean-Michel Arnold est dans le coup de la récupération du festival par Rouch ... (C'est écrit sur sa page Wikipédia).

Est-il intervenu auprès de Gajos ? Je ne lui ai jamais demandé. Et bien faisons le maintenant. Je n'ai pas son adresse personnelle : qu'importe, je lui écris à l'Unesco.

 

Cher Jean-Michel, président du Conseil international du cinéma, de la télévision et de la communication audiovisuelle auprès de l’UNESCO,

Je rédige actuellement un texte concernant l’histoire de nos deux festivals et j’ai une question urgente à laquelle tu as certainement la réponse.

J’ai déjà écrit sur Wikipédia qu’en 1979, il [toi] s'intéresse avec Jean Rouch, au festival "L'homme regarde l'homme" créé par Jacques Willemont en 1975 à Créteil, puis transféré en 1978 à Beaubourg. Ils [toi et Rouch] se l'approprient et le rebaptisent Cinéma du réel qui existe toujours.

Bien. Mais j’aimerais savoir si c’est toi qui, comme on me l’a rapporté en 79, serait intervenu auprès de Jack Gajos pour qu’il supprime la subvention de 5 000 francs qu’il nous avait accordée pour « L’homme regarde l’homme ».

Merci d’avance pour ta réponse.

Je n’ai pas besoin de te souhaiter bonne chance pour tes activités, puisque j’ai pu constater que, fils de la « pasionaria des pauvres » à Angers, tu es devenu "quelqu’un", comme aurait dit ma mère qui, elle, s’est contenté de ma modeste réussite. Je t’en félicite. 

J’espère seulement que je suis le seul dont tu as détruit, en meute, ses propres réalisations qui valaient bien les tiennes.

Tu ne seras pas surpris que je ne termine pas par la formule habituelle « Amitiés ».

 

Place réservée à sa réponse, s'il en est une.

 

 

 

 

 

Acte 5 : On prend acte : nous n'avons plus d'affichage dans le métro. Ce n'est pas trop grave puisque, avec les télé derrière nous, le public va déferler. 

 

Acte 6 : Mais, ... Il y eut l'imprévu. Tellement "imprévu" que l'État lui-même est intervenu dans les mois qui ont suivi pour que ce type d'Imprévu ne se reproduise plus.

Mais pour nous, c'était râpé.

 

Acte 7 : Vous avez deviné ? Trois semaines de grève dans toutes les télés françaises.

Je conserve en mémoire une image, celle de Joris Ivens, debout dans l'entrée du cinéma, navré de constater avec nous que le public n'est pas au rendez-vous.

Ah, si nous avions eu Facebook et Cie. Même Télérama qui était partenaire des deux journées "Cinéma et enfance" n'avait encore rien publié : le journaliste présent réservait son article pour la semaine suivante.

 

Acte 8. J'ai refoulé le souvenir de ces journées, mais je me souviens quand même de quelques amis et collègues cinéastes, dont Joris Ivans, qui entouraient l'équipe du festival affectueusement. La réconfortaient.

J'ai gardé aussi le souvenir de ces jeunes étudiants qui avaient participé à l'opération : ils étaient déconfis, affligés. Je leur expliquais qu'il n'y avait pas eu de faute commise. Par personne. Simplement ...Ils doivent encore s'en souvenir.

"- Si l'un d'entre vous lit ces lignes, qu'il m'envoie un signal".

 

Je conserve surtout un grand souvenir de la réalisatrice hongroise Judit Elek que j'avais invitée pour présenter son film Istenmezején 1972-73-ban (Un village hongrois).

Je la connaissais de l'époque où, Liane et moi, avions passé un an en Hongrie pour nos études ethnologiques sur les peuples ouralo-altaïques.

 

J'ai été à la fois heureux et surpris de la découvrir parmi les Amis du festival Cinéma du réel, elle, qui nous avait expliqué en 1979 qu'elle avait mis fin en 1975, à son expérience de "cinéma direct" parce qu'elle estimait que l'intrusion de la caméra dans la vie des gens peut les mettre en danger.

Judit, si je passe à Budapest, je me permettrai de taper à ton huis.

 

Acte 9. Quarante ans plus tard je regrette que Joris ivens ne soit plus parmi nous. Face à la situation du 22 mars ... non pas de 68, mais du 22 mars 2018, à Beaubourg vous vous seriez peut-être levé pour dire :

"Il a raison. Sa place est parmi nous. Willemont asseyez-vous au premier rang. Et je demande qu'on l'applaudisse pour ce qu'il a fait. Parce que nous sommes-là grâce à lui".

 

Quel crétin je suis. J'ai tellement bien imaginé la scène que j'en suis ému. J'ai les larmes aux yeux. J'ai l'air de quoi ?

Pfff ! Malheureusement, la scène est imaginaire. Mais il me plait d'imaginer que vous n'auriez pas fait comme tous ceux qui me connaissent bien et qui, portant, n'ont pas moufté ce foutu 22 mars 2018 à 21 h 15. Ni pendant, ni après.  

 

 

Je suis convaincu que si "L'homme regarde l'homme" avait poursuivi sa carrière,

nous disposerons aujourd’hui à Paris d’autre chose que d’une vitrine du cinéma documentaire comme il en existe cent à travers le monde.

Nous aurions fait bien mieux et cela pour deux raisons :

 

1 – La première est très lévistraussienne : le choix des directeurs artistiques.

Andréa Picard, celle qui vient d’arriver (elle n'a pas l'air marante), était programmatrice pour le Toronto International Film. Elle a remplacé Maria Bonsanti qui codirigeait le festival dei Popoli de Florence.

Ne vous inquiétiez pas pour Maria, elle n’est pas au chômage, elle dirige maintenant le programme européen Eurodoc.

La génération précédente est celle de Javier Packer-Com (le seul qui a tenté de reconnaitre mon existence). Britannique d’origine espagnole, il a programmé le festival belge de cinéma documentaire, Filmer à tout prix. Je ne sais pas ce qui est advenu de lui.

Mais je ne m’inquiète pas non plus pour lui, le jeu des chaises musicales permet moult possibilités.

 

Photo extraite de https://www.alfabeta2.it/2017/02/17/jannis-kounellis-dialogo-alfredo-pirri/

 

2 - La seconde raison tient à l'imagination.

La preuve ? Alors que les festivals se ressemblent tous - des cinéclubs qui durent quelques jours - notre équipe a "inventé" en 2013, le festival CRIS DU MONDE, festival du "plan-séquence" et du "Cri". 

Finalement, les deux composantes de "La reprise du travail aux usines Wonder".

 

Je mettrai un lien dès que la rubrique "Cris du monde" sera ouverte.

 

 

 

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© Jacques Willemont